La sagesse, oui, mais sous anesthésie.
Mon dentiste est un sadique. Il détruit tout le travail de mon psy.
Non seulement, il me torture les dents avec ses fraises et ses roulettes agressives, mais en plus il arrive à me flinguer le moral à chaque fois que je le vois. Quand je sors de chez lui, j’ai la bouche pâteuse et envie de me jeter sous la première moto-crotte qui passe.
D’abord, il fait exprès de me poser des questions quand je ne peux pas répondre, parce qu’il a les deux mains enfoncées dans ma bouche. Et c’est pas des questions simples, genre « Ça fait mal ? » ou « Et là ? ». Non, mon dentiste c’est plutôt le genre à me demander si je préfère le livre de Nabokov ou le film de Kubrick portant mon prénom, pourquoi ce choix, argumentation avec exemples à l’appui. Essayez d’argumenter avec un aspirateur à bave et deux paires de mains dans le gosier -parce que cet homme a réussi à trouver une assistante…elle ressemble un peu à Staline d’ailleurs – et revenez me voir si vous y arrivez.
Ensuite mon dentiste commence à pleurer sur mon sort. Il est catastrophé par moi. Il paraît que j’ai pas de chance : mes dents sont parfaites, c’est « tèèlllement » bête d’avoir dû me dévitaliser la prémolaire droite. (1300 euros, tu m’étonnes que c’est bête.) Et deux fois en plus ! Parce que je faisais un rejet… Une fois « elle » a même bondi de ma bouche en pleine rue. Elle voulait se tirer cette saleté ! Heureusement qu’elle a pris les passages cloutés parce que sinon j’aurais pu la perdre sous les roues d’une moto-crotte… (tiens, une nouvelle obsession ?) Ma dent dévitalisée, c’est un peu la Corse de la France.
Bref ! Pour empêcher mon dentiste de fondre en larmes face à mon triste sort, je suis obligée de le rassurer (moi, l’hypocondriaque parano) en lui disant que c’est pas grave, que c’est la vie des dents et tout et tout…Si c’est une technique pour me faire oublier que le dentiste ça fait peur, c’est assez fort j’avoue. Sauf que maintenant j’ai plus peur de ses outils mais plutôt de lui et, vu que c’est lui qui tient les outils, j’ai doublement la trouille…
Putain, mon dentiste veut ma mort !
Et en ce moment c’est pire. Hier il m’a demandé comment allait « mon Canadien ». J’ai dû lui expliquer, sans le mordre, que mon mec n’était pas canadien mais tout simplement Parisien et pi que « mon Parisien » n’était plus à moi. On a cassé quoi… Alors là ! La chose à ne jamais dire à son dentiste, surtout si c’est le mien ! Il a passé une heure à me baratiner avec ses théories comme quoi, si mon ex m’a « abandonnée » (hum hum, « commun accord » tu connais ?) c’est à cause de ma plaque dentaire et que c’est bizarre quand même que je souri alors que je suis abandonnée (« commun accord » bordel !) et que c’est pas normal que j’aille aussi bien et que ça fera 600 euros ! (Non, j’déconne sur le dernier point).
Au bout d’un moment ça m’a énervée. Pour le faire taire -et si ça pouvait lui faire plaisir - je lui ai dit que j’allais vachement mal et que j’essayais juste de prendre sur moi, parce que c’est ce que font les adultes et puis, à quoi bon soigner ses dents et faire un détartrage si c’est pour pleurnicher toute la journée chez soi ! (Tout ça avec les petits cousins rembourrés entre les gencives).
J’ai dû mentir pour le bonheur de mon dentiste. Avant de venir ça allait plutôt bien d’ailleurs, mais j’ai pas voulu lui flinguer sa journée.
Comme il a compris qu’il avait été un peu lourd sur ce coup-là, il s’est lancé dans une explication magistrale sur la meilleure façon de se brosser les dents. Je vous mets au défi de reproduire sa technique ! Il faudrait se lever une heure plus tôt chaque matin…
Donc voilà. Mon dentiste est le Docteur Jekyll de ma psy. Avec un peu de chance, je vais le faire partir en retraite anticipée lui aussi.
Enfin…Si vous voulez son numéro pour votre plaque dentaire…








