Fichez moi la paix

C’est l’été, et quand c’est l’été on sent notre acné refleurir et nos désirs adolescents rejaillir. Du coup, pour pas rester seul face à notre libido boutonneuse, on se donne rendez-vous sur les quais de Paname pour siroter des bières et refaire le monde dans l’autre sens.
Qu’est-ce que ça donne un rendez-vous de Sblorfers? Ça donne beaucoup de bibines, pas mal de fils de psy, de Nutella et de discussions absurdes sur les chats qui s’épilent, les coudes atrofiés et les bastons de Skinheads. Yeah! On était à peine 8, heu enfin, huit ! tout de même ! On s’est bâfré, bituré et poilé. À deux heures on était tous allongés sur les pavés (quand on est saoule on en oublie les germes) et on troquait une bouteille de rosée contre trois cigarettes… en y repensant je crois qu’on s’est fait avoir… surtout moi, vu que je ne fume plus !
Bref, v’la les photos !
Et un conseil avant de partir : méfiez-vous des mecs bourrés qui rôdent près des quais la nuit, ils pensent qu’à une chose, vous taxer vos oeufs durs ! Sans parler des Schmidt… mais “oeufs” c’est normal…
Après la détox de ma mère, l’intox des politiciens. C’est déjà vachement moins drôle.
Vous ne trouvez pas que ces présidentielles puent la mort ? Ok, c’est peut-être un peu fort comme expression, mais sérieux, c’est la première fois que c’est autant le bordel. Y’a des gens de droite qui votent extrême droite, des gens d’extrême droite qui votent tout simplement à droite, des gens de gauche qui votent centre-droite, des communistes qui votent Vert, des gauchistes qui votent Sarko, des hommes qui votent Ségo, des gnomes qui votent facho, des femmes qui votent coco et même des royalistes qui votent Arlette ! C’est l’souk ma parole ! On peut plus passer une soirée sans s’engueuler avec ses potes parce que le fourbe les a séduits ou que Royal les a déçus.
Quoi Miami ? Ah oui, fallait que je vous avoue un truc, ça fait des semaines que ça me ronge : j’ai un secret « contre » vous… Je n’ai jamais mis un orteil en Floride, jamais vue la queue d’un Tiramisu ni d’un orang-outang. En réalité je fuyais un complot politique…enfin, je crois.
Il y a un mois, au hasard d’un concert paternel, j’ai croisé la route de Dominique Voynet. Pour les assoiffés de ragots : oui elle est sympa et oui elle mange de la viande. Quoi, vous ne vous posiez pas ces questions ? Menteurs.
Donc, je suis à table avec Madame Voynet et soudain, suspens, elle me présente à son assistant Mickael (très sympa lui aussi, tout le monde est sympa dans cette histoire, sauf moi. Vous allez voir.). Et Mickael de répliquer, un grand sourire aux lèvres –genre je sais des choses que tu ne soupçonnes même pas :
« Mais je connais déjà Lolita… Je suis son aventure avec Tarrin sur leurs blog. »
Et moi : « Ah… Heu… Hé hé ! »
(Note pour plus tard : toujours préparer un speech de secours quand on sait qu’on va rencontrer des politiciens, surtout s’ils vous parlent de votre vie sentimentalo-sexuelle devant père et mère.)
« D’ailleurs Tarrin a appelé à voter Ségolène… Tu crois que ses 14 000 lecteurs vont l’écouter ? Et pourquoi pas Voynet ?
-Bah je sais pas moi, c’est à lui qu’il faut demander… Nous sur le Sblorf on ne parle pas politique …
-Et toi Lolita, tu comptes voter Voynet ou Ségolène au premier tour ?
-Ha ha, je… le vote utile… pour pas revivre 2002… mais j’aime les arbres quand même hein… et sinon, elle connaît Laurel Dominique… ?»
Vous imaginez l’angoisse ? Je me suis enfoncée comme ça pendant dix minutes et au bout du compte Mickael de l’équipe Voynet est reparti avec mon numéro de portable pour « parler politique, Ségo/Voynet, vote utile et blog bd ».
Au début je me suis dit que c’était bien, que ça me donnerait l’occasion de m’impliquer plus en politique, et puis un de mes quelconques amis a eu le malheur de dire : « Parler politique, tu rigoles ! Soit il te drague, soit il vise quelque chose d’autre, mais vu ton brillant argumentaire de tout à l’heure, c’est sûrement pas pour parler politique qu’il a pris ton numéro ! »
Pour être honnête, cet « ami » c’est mon inconscient parano. Toujours est-il que j’ai commencé à flipper, je me suis fait tout un film, j’ai imaginé qu’en fait c’était pour récupérer les 14 000 lecteurs du TarrinBlog qu’ils avaient pris mon numéro. Et peut-être même pire : pour récupérer les 12 lecteurs du Sblorf ! Quoi ? Les Verts convoitent les voies de L’Ours, Tartine, Guzza, Anne, Fourmi, Loki, Morgane et Cléof ?! Pas touche à mes ouailles !
Deux jours plus tard, je me voyais déjà enrôlée dans un parti, forcée à assister aux meetings et à prostituer mes lecteurs pour faire grimper les pourcentages. Je me voyais aussi mariée à un politicien parce que j’avais pas osé dire non, ou encore découpée en rondelle dans une forêt parce que… heu… parce-que je suis allée très loin dans l’extrapolation ! Et pourtant je suis écolo.
Quand Mickael m’a proposé de se voir, j’ai eu peur, et quand j’ai peur je fais n’importe quoi -comme les lapins sous les roues des camions. J’ai rien trouvé de mieux (ni de plus simple) que de lui dire que je partais pour un mariage à Miami !
Voilà. Si aujourd’hui je me décide à faire tomber ma couverture, c’est par ce que j’en ai marre de la Floride et que je suis revenue à la raison : les Verts c’est loin d’être les plus flippants.
Finalement, c’est ni des hydrocarbures ni des vilaines toxines dont on doit se méfier, c’est de la pollution politique, des discours langue de bois de ceux qui voudraient nous étouffer sous les promesses hasardeuses et les théories eugénistes.
La seule personne qui est réellement ressortie plus saine de tout ce tralala politico-diététique c’est mon chat baveux. Pendant la semaine où on me la confié, je l’ai mis au régime sec. Comme ça au moins, il arrêtera de vomir ses poils de torse.
Sur ce, c’est pas pour vous mettre la pression, mais réfléchissez bien à ce que vous souhaitez avaler comme conneries pour les cinq années à venir. Parce que,vue la dose d’intox dont ils nous gavent, la détoxification va être rude !
Et bonne chance dimanche prochain. Si ça tourne mal, il nous restera toujours Miami !
À moins d’être totalement largués ou d’évoluer avec du raifort dans les oreilles, vous ne pouvez pas avoir échappé aux deux sujets chauds du moment : les élections présidentielles et les cures de détoxification par le jeûne.
Pour être honnête, je n’ai découvert la détoxification qu’il y a une semaine, quand ma mère m’a dit :«Lolita, je te confie notre chat baveux, je pars en cure de détox à Bénodet. »
Je ne savais même pas que maman était « intoxiquée » ; on m’dit jamais rien, faut toujours que j’devine. On me dit rien et on me surestime : Moi qui suis adepte de l’intoxication en tout genres, moi dont la seule devise est « N’oublies jamais de ne pas te faire trop de bien, ça risquerait de te faire du mal », oui, moi, avec toutes ces tares et ces ambitions destructrices, je suis sensée approuver le séjour de ma mère à Bénodet chez les fous de soja, les Hare Krishna du tofu, et en plus garder le catz ?! Je vous l’affirme, on me surestime.
De toute façon, me confier un chat, c’est criminel.
Comment tu te fais détoxificationner ? Et ben c’est très simple : T’achètes des basket moches spécial sport à 55 euros, tu pars à Bénodet, tu passes 8 jours sans avaler un aliment solide, tu marches 17 Km par jour, tu bois 15 litres d’eau, de bouillon, et même d’eau avec un zeste de bouillon, tu assistes à 32 réunion sur la philosophie du concombre et son influence sur les micro-amibes de ton pancréas et si t’as bien fait comme on t’a dit, tu rentres dans tes pénates métamorphosé. Pourquoi ? Parce ce que 55 fois 8, plus 17, moins 15, divisé par 32, égale 13,81 : c’est exactement le nombre de kilos que t’as perdu avec toutes ces âneries !
Il paraît que dès le troisième jour tu commences à planer et que tu peux accueillir Bouddha dans ton chakra… Perso, j’ai déjà eu affaire à Bouddha, je préfère les Chicken Mc Nuggets. Pour ma mère non plus, je ne vois pas trop l’intérêt, vu qu’elle est svelte comme une sauterelle - mais il faut que jeunesse se passe comme on dit.
Heee oui voila cque c’etait au debut tout ce bazar…


Dieu merci les temps changent…
Il y a quatre ans, dans le métro, je suis restée fascinée par le poireau velu qui ornait le nez d’une femme assez jolie par ailleurs.
À ce stade du récit, vous vous dites que je vais encore vous parler de choses futiles, comme les biches ou les organes de Déborah. Et pourtant, il en va de mon avenir psychique.
Cette femme donc –cheveux bruns structurés en trapèze autour du visage- dégageait une « aura » si étrange que je n’ai pas pu m’empêcher de lui prêter des moeurs perverses. Je la visualisais maîtresse sado-maso, fouet à la main, jouant à soumettre ses amants joufflus. Je les voyais, eux, les amants, focaliser leurs désirs sur ce poireau saugrenu posé à la frontière du front et du nez tel un bindi Indien, là où les idées naissent et les rhumes aussi.
Je ne sais pas si elle m’a vue l’observer avec des yeux de merlans frits, mais si c’est le cas, elle faisait hyper bien celle qui ne voit pas. Elle est descendue à Maubert Mutualité et moi j’ai reporté mon attention sur un petit garçon qui se curait le nez.
Moins « hot », c’est sûr.
Un an plus tard, pour soulager mon mec, je me décide enfin à franchir le pas, à me jeter à l’eau, à plonger dans le ravin en mouillant mon bermuda : je prends rendez-vous chez une psy !
Le jour du premier rendez-vous, je suis fébrile comme un bébé phoque. Et si ma psy ne m’aimait pas ? Pire, si elle me détestait et refusait de s’occuper de mon cas ? Impossible…
Devant sa porte, des dizaines de phrases d’introduction me trottent dans la tête : « Bonjour, je viens vous voir parce que je suis certaine d’être en train de mourir mais personne me croit. », « Si je suis devant vous aujourd’hui, c’est parce que les gens qui m’entourent devraient tous aller voir un psy, alors que moi je suis très saine. », « J’ai une amie, qui a une amie, qui connaît une fille, qui a un gros Œdipe à régler et même que cette fille, elle n’arrive à écrire qu’à l’étranger et quand elle est sûre que personne la lit… C’est grave docteur ? »
Bref, je sonne à la porte du subconscient -prête à dégainer mon spitch à Madame S. -et là ! Surprise totale : ma psy est en réalité la femme au poireau velu du métro ! Ma psy est une maîtresse femme : l’angoisse ! Ça commence très mal si j’angoisse dès le seuil de sa porte. Une thérapie c’est pas sensé vous désangoisser normalement ?
Tout ce que je trouve à dire c’est :
« Heu… Encore vous… ? »
Alors forcément, elle répond :
« C’est-à-dire ? »
Gloups. Mauvais départ. Madame S. me déteste déjà parce que je l’ai percée à jour. Si seulement je pouvais arrêter de fixer son poireau, tout irait mieux. Mais c’est impossible, ce truc est comme un panneau de signalisation indiquant « FOCALISE ! FOCALISE FORT ! », comme un ongle à moitié arraché qui réclame qu’on l’achève !
Bon, finalement j’ai quand même réussi à rentrer. J’ai contourné son poireau et me suis affalée sur le canapé.
Je ne sais pas si vous êtes déjà allé voir un psy, mais je peux vous dire que c’est très perturbant. Par exemple, vous êtes en train de lui raconter une anecdote honteuse sur votre famille, vous brodez un peu, histoire de rendre tout ça intéressant, et après tout le mal que vous vous donnez pour ne pas être ennuyeuse, Madame S. ne note rien dans son cahier. Pas une ligne, pas un mot, RIEN ! Vous n’êtes pas assez complexe pour que madame la thérapeute l’inscrive noir sur blanc dans ses archives. Et le pire c’est quand elle daigne enfin prendre des notes, par contraste avec l’ignorance précédente, ça devient trrrès inquiétant. Vous vous dites que c’est hyper grave pour que ça mérite d’être écrit dans LE cahier bleu à spirales. Le plus souvent, c’est sur une phrase banale que la psy se réveille, genre « J’ai la phobie du métal, je ne peux pas toucher les clefs » ou « J’aurais voulu un plus gros cadeau à noël mais je n’ai eu qu’une bd. Personne ne m’aime… »
Bref ! Qu’elle note ou qu’elle note pas, la psy est effrayante ! J’avais pris l’habitude de lui dire « Notez ça, c’est pas mal » ; j’essayais même de la piéger en lui reparlant de nos premières séances, pour être sûre qu’elle suive.
Et un jour, elle m’a rejetée.
J’étais en train de lui parler de mon cancer de l’oeil quand elle m’a annoncé qu’elle prenait sa retraite et qu’il était temps que je vole de mes propres ailes.
« Je ne m’inquiète pas pour vous Lolita, vous trouverez un moyen de transcender votre mal-être dans l’écriture… »
- Quoi ? J’ai un mal-être ?! Et c’est seulement maintenant qu’vous le dites ! Me laissez pas madame, j’peux plus écrire, j’vis à Paris !
-Si si, il le faut… Effacez mon numéro de votre portable et tout ira bien. »
En lui disant au revoir, j’ai failli pleurer, mais il paraît que c’est normal –encore une histoire de fusion.
Depuis, Madame S. et son poireau ont quitté la France. C’est dommage, je l’aimais bien moi son poireau, il m’aidait à me concentrer sur les choses tristes de ma vie… Adios Amigo…
Parfois je me demande si c’est pas de ma faute, si j’ai fait peur à ma psy avec mes histoires de dentiste… Le problème, c’est que maintenant je dois en trouver un autre.
Cette fois-ci c’est décidé, ce sera un homme, et un beau de préférence. Pour faciliter le transfert. Quoi ? Le psy doit faire un contre-transfert sur moi ? L’horreur ! Et si je n’étais pas digne du transfert de mon psy ?!
Pfff… Vive les astrologues, au moins on risque pas de décevoir Jupiter… Tiens, ça doit être cool de fusionner avec Mercure.