La plupart des gens choisissent leur voyage en fonction de la blancheur du sable, la hauteur des pyramides, la beauté des filles. Avec Débiche, nous, c’est la guerre. Si l’histoire du pays est lourde en bombes et en morts, on y va. Non, ce n’est pas du voyeurisme -pour ca on a les blogs-, c’est juste parce qu’on se dit qu’il y a des lieux sur la planète marqués par les erreurs et la folie humaine, et que ces endroits on veut les connaitre, pour essayer de comprendre… Evidemment, y’a rien à comprendre. Cette facon de voyager a un avantage, elle laisse un choix infini de pays , étant donné que notre petite terre explose d’un peu partout.
Bref! La premiere fois qu’on est parties très loin en abandonnant nos parents, c’etait pour aller au Vietnam. Un mois pour découvrir ce pays, essayer de comprendre ce peuple qui a vécu tellement de guerres et qui continue toujours à avancer…Tu parles! À peine arrivées à Saigon, même pas le temps de pleurer sur l’Histoire : Débiche se choppe une conjonctivite carabinee, elle se met à ressembler à Elephant Man qui se serait pris des gnons, du coup on file à l’hosto. Je vous passe les détails, le pus, les crouttes, les enfants opérés à la chaine sur le meme brancard, et je saute quatre jours plus tard à Hue ou deux petites nanas en quête de guerre se trouvent au milieu de la tempète du siecle. Un mètre vingt d’eau dans la rue, notre hotel à 4$ est inondé, moi, pieds nus pour pas niquer mes seules basket, qui marche sur un rat en voulant sauver Débiche tombée dans un trou…L’horreur ! Pire que les raids americains!
Le lendemain, plus rien, même pas une trace de boue pour témoigner de nos mésaventures.
Laissant nos parents appeler toutes les ambassades du Vietnam pour nous retrouver, on continue notre voyage. Hoi An, Danang, Hanoi, puis la Baie d’HA-long - histoire de faire une pose côté Musées sur l’Agent Orange. Ahh…La Baie d’HA-long… On se retrouve sur un petit bateau, sur l’eau, au milieu de nulle part, avec face à nous, un garde sur un radeau. Apparement il y a une “frontière aquatique invisible”, il faut payer pour passer la vague. Comme on est sur un bateau, sur l’eau, au milieu de nulle part (vous suivez?), on paye et on se retrouve sur une ile, sur l’eau, au milieu d’une horde de singes enragés. Juste le temps de me faire attaquer par trois singes, mordre jusqu’au sang et à l’os et hop! retour sur le bateau, où un mec me tartine les jambes de baume du tigre pour me rassurer. Ça valait le coup de payer pour attraper la rage !
Le Vietnam, c’est la survie au quotidien, les Américains n’avaient aucune chance.
Ensuite, on est allees en Pologne. Arrivée à Cracovie, je ne sais pas ce qui me prend, je me laisse tomber du train avant même qu’il soit en gare. Peut-etre que c’était l’atmosphère générale qui me collait le blues ou peut-etre que j’avais hate de voir le Ghetto… résultat : une entorse géante qui fait mal jusque dans le Lonely planet! Allez vous trimbaler un sac de routard avec une entorse et une Débiche en pleine dépression, un dimanche blafard en Pologne - y’a de quoi entamer la bouteille de Ricard. Mais comme disent les Polonais à ceux qui veulent se souvenir :”Show must go on!” Rebelotte hopital, rebelotte on n’a pas le temps de pleurer sur les ruines. Je ressors deux heures plus tard, la cheville collante de baume du tigre et entourée de papier cul, le moral en dessous de zéro parce que j’ai raté le ghetto. “Allez, on va à Auschwitz et on rentre…”
La Pologne, c’est pire que Limoges et les Sables d’Olonnes réunis.
Tout ça pour dire que les pays au lourd passé -même s’ils nous marquent à vie, comme le Vietnam où je suis retournée quatre fois-, ne nous réussissent pas toujours côté santé. Et le Japon ne fait pas excéption.
Depuis le debut, Débiche a recensé une dizaine de petits bobos, ampoules, aphtes, tendinite du pouce, mycose de l’orteil, etc… et moi je me suis peté deux côtes en toussant de traviole. Je sais, vous pensez que je ment, que j’hypocondrise (vous croyez en rien, c’est moche) et pourtant c’est la vérité vraie. Face au dôme de la bombe A, à Hiroshima, j’ai voulu cracher mon dégout et mes derniers miasmes hors de mes poumons fatigués, mais j’ai juste réussi à faire exploser mes côtes flottantes. Y’a eu un “KRARK!” et “krak” c’est jamais bon signe, surtout quand ça vient de l’intérieur de vous. Depuis, je boite, allez savoir pourquoi, et je ne peux plus tousser sinon je meurs. Du coup j’étouffe, et je meurs un peu. Mais pas de panique, j’ai du baume du tigre. Ca a bien marché pour les singes et la Pologne, ça devrait suffir à Hiroshima…
Hey, Débiche? Qu’est-ce que tu dirais de l’Irak pour notre prochain voyage? Il nous reste encore tellement de maladies et de blessures psychosaumatiques à attraper!