Et le Mercredi d’Avant, Dieu créa l’être humain…
C’est décidé, je me lance dans un grand nettoyage d’hiver. Ras le bol de tout ces trucs qui m’encombrent et ne servent à rien. Il est temps de remettre de l’ordre dans ce bordel et de séparer l’utile du superflu.
Tout d’abord, l’essentiel : mon cerveau. Difficile de le jeter sans devenir une courgette trop cuite. Donc je le garde et rajoute mon coeur pour lui tenir chaud. Sans mon coeur je n’irai pas bien loin. Même s’il y a des fausses notes dans son fox-trot, c’est assez pratique un coeur, ça sert à pleurer devant les infos du soir et à rire d’une blague aussi bête que “Green Green”. Pareil pour ma rate, mon estomac, mon colon; idem pour mes reins, mes paupières, mes poumons; tout ça je garde, ça bosse dur et ça rempli, mais par contre j’ai deux-trois petits bidules à rendre au Créateur. D’ailleurs, ça m’étonnerait qu’Il nous ait fait à son image : franchement, si vous aviez le choix, si vous pouviez créer un individu depuis l’ongle du petit orteil jusqu’à la dernière fourche du dernier cheveux, est-ce que vous n’essayeriez pas de lui faciliter la vie?
L’appendice par exemple. À quoi ça sert l’appendice? On se le demande… Et bien ça sert à rien, aussi inutile qu’un simulateur d’aube. Tout juste bon à s’enflammer et à exploser dans notre bidon au pire moment de notre existence. Qu’on ne vienne pas me dire que l’appendice est nécessaire, je sens bien qu’il glande celui-là. Chaque matin, au réveil, je fais l’inventaire de mes organes, je les entends bosser, ça travaille fort pour me faire sortir du sommeil. Et lui, ce minuscule bout de chaire creux, il se roule les pouces! Il ne digère rien, n’irrigue rien, ne sécrète pas la moindre substance vitale. L’appendice est un incruste dans le corps humain, il n’est là que pour nous rappeler qu’on peut crever d’une péritonite si jamais ça lui prend.
C’est comme son pote le coccyx, il en fout pas une rame non plus. Un pauvre vestige de queue préhensile, totalement déplacé entre les deux fesses, qui ne manifeste sa présence que lorsqu’il se brise au pied d’une piste de ski en déclenchant une douleur diabolique. Bref! Si Dieu avait pu nous dispenser du coccyx et de son acolyte l’appendice, la vie sur terre aurait été bien plus supportable.
Reste le summum de l’inutilité, ce sans quoi nos vies seraient un million de fois plus harmonieuses si l’Idiot qui nous a fabriqués s’était abstenu de rajouter cet ‘ingrédient” : les hormones. Comment ça, ça sert à quelques chose les hormones? Pff! Mon oeil ouais, ça sert juste à perturber notre équilibre psychique, à titiller nos émotions jusqu’à l’hystérie. Les hommes ne peuvent pas comprendre ce que c’est que de sentir cette vague de stresse monter en nous, enfler et gronder dans notre gorge et nos estomacs. Il faudrait avoir recours à des métaphores interminables pour leur donner un aperçu du chambardement qui s’opère dans nos organismes une semaine avant les règles. Impossible d’expliquer aux mecs que tous les “mercredi d’avant”, une femme serait capable de vider le chargeur d’une carabine sur un wagon de métro pour peu qu’il ait 30 secondes de retard, qu’elle pourrait frapper un flic avec son coccyx s’il osait lui barrer la route, et qu’elle se ferait un plaisir de fracasser toute la vaisselle de grand-maman si par malheur elle n’était pas déjà lavée! C’est ça qui nous arrive le Mercredi d’Avant : des “modifications cycliques neuro-diencéphalo-hypothalamo-hypophyso-ovariennes”!! L’enfer à vivre et à prononcer. Alors oui, un corps sans hormones, ce serait Byzance. La trêve des nerfs, enfin la paix des ménages. Plus de montées de larmes incontrôlées, ni de sautes d’humeur. Sans hormones, on serait parfaites et la vie des hommes serait bien plus reposante.
Ce qui nous ramène à la question du Créateur. Dieu ne peut pas être un homme, jamais il n’aurait donné des hormones aux femmes en sachant que ça provoquerait des crises d’hystérie jusqu’à la fin des temps. Mais Dieu ne peut pas non plus être une femme, jamais elle n’aurait puni ses congénères en les dotant d’hormones invivables. La seule solution c’est que, puisqu’il n’est ni homme ni femme, Dieu n’existe pas. Et hop! J’ai résolu la grande question de l’humanité! Il reste la théorie de l’évolution, je sais, mais visiblement nous n’évoluons pas très vite, voire pas du tout - vu tout ces organes obsolètes.
Il n’y aurait donc ni Dieu, ni Évolution. Juste des corps imparfaits bourrés de choses inutiles.
C’est peut-être ça la beauté de l’être humain : avoir quelques organes qui ne servent à rien, pour nous rappeler que l’Homme n’est pas une machine parfaite, que dans la vie, heureusement, on ne conserve pas que l’Utile en éliminant le superflu… Sinon il n’y aurait plus d’art, plus de culture, plus de loisirs, plus de rapports sociaux en dehors du travail. Sinon, heu… ce serait la société du Rendement, celle de l’Efficacité au détriment d’une certaine dose de plaisirs futiles qui font le sel de l’existence. Hum… Heureusement que Dieu et Darwin ne nous ont pas abandonnés dans cette société-là… on serait dans la merde.
Nos lecteurs ces putrolles…
Parce que faut pas croire qu’avoir quelques milliers de lecteurs c’est tout de suite la fête. Sur le tas y’a 50% d’obsédés du cul, 39% de mecs perdus qui sont tombé la en cherchant une photo de Clara Morgane en train de fister un poney, Emile Louis et Guzza.
Les plus psychopathes d’entre eux arrivent généralement ici en tapant des recherches inavouables sur Google.
Comme je suis un mec trop sympa et que ça me fait un post pour pas cher je vous mets les 469 derniers keywords du mois de janvier (les moins tapés donc les plus tordus): Keywords Janvier 2008
PS: J’ai une idée de l’identité du petit malin qui fait des recherches insultantes pour se faire remarquer, mais si vous voulez quand même le dénoncer dans les commentaires, n’hésitez pas surtout! Il sera sévèrement puni par Maitresse Morgan qui officie désormais en tant que dominatrice officielle de notre cybercafé.
Edit: En aussi peu de temps qu’il n’en faut pour le dire nous sommes number one sur google!
Contre le cafard, rien d’mieux que l’abattoir!
Dimanche dernier, le petit John qui vit chez moi a eu le cafard. Tartines de Nutella, épisodes d’Heroes, massage des zygomatiques, rien ne chassait la vilaine bestiole. Même pas ma danse du ventre syncopée sur “Sara per che ti amo”. J’ai eu beau lui jouer mes cinq accords de “Let it be” en boucle, son sourire était aussi poussif qu’une deudeuche en panne sèche. Faut dire que je me trompe à tous les coup avec le Fa - mais c’est vachement dur un Fa, il faut appuyer sur deux cordes en même temps et tordre les autres doigts dans l’autre sens. Je crois que mes mains sont inadaptées à la guitare. Peut-être que mon truc c’est l’harmonica… En y réfléchissant, c’est sûrement ce foutu Fa qui a flingué le moral de John. Bref ! il fallait faire quelque chose.
“Allez, viens! On va faire un truc rigolo !
-Comme quoi par exemple…
-Heu… comme regarder Festen !
-Tu parles, c’est la déprime Festen.
-Alors on a cas louer des Vélib’ et rouler jusqu’à Bastille pour manger une crêpe Nutella !
-Rien d’plus glauque que Bastille en Vélib’. En plus on s’est déjà tapé tout le pot.
-Mouais… JE SAIS ! On va aller sur les quais, voir les p’tits zanimaux en cage !
-Oh non, c’est pire que tout…
-Mais si, les bêtes c’est comme les enterrements, ça remonte toujours le moral, tu vas voir !”
Ce qu’il faut préciser, c’est que depuis trois mois on hésitait à prendre un chat. C’est beaucoup d’entretien ces choses-là, et il faut être sûr d’avoir des amis assez dévoués pour le garder quand on part. Et puis quelle angoisse d’élever un être vivant ! Imaginez qu’il devienne schizo en grandissant, comment on fera pour lui expliquer que Riton, son copain imaginaire, n’existe pas? Comment on saura si notre chaton va mal, s’il sent monter en lui une bouffée d’angoisse quand il regarde sa gamelle? Ouep, on hésitait à prendre un chat, mais ce méchant cafard méritait bien une escapade-repérage.
Nous voila donc sur les quais, dans la lumière blafarde d’une fin d’après-midi d’hiver et dans la touffeur écoeurante des excréments d’animaux. Des idées connes j’en ai des tas, mais faut dire que celle-là l’était sacrement ! À peine entrés dans la première boutique, le contenu de nos estomacs a essayé de se faire la malle par le bout de nos lèvres. Je ne sais pas si vous avez déjà été dans l’une de ces animaleries, mais je peux vous dire que ça pue comme une friture de carcasses dans une décharge couverte de Phnom Penh chauffée à 50°. Voir pire, parce qu’aux poils de bébêtes pourris et à leurs crottes séchées, s’ajoutent l’haleine des poissons rouges et les cris des perroquets. Bon, ok, les cris de perroquet ça pue pas, mais presque.
Le nez caché dans l’écharpe, la main pressée dessus pour pas vomir, je montre à John un truc poilu :
“Ohh, qu’il est bignon le beti chah, regarde ses betites oreilles bouillées…
-C’est bas un chah, c’est un rat… Et t’as ses quarante-deux frangins à côté.
-Ohh, la belle fabille!”
Un peu plus loin, devant la cage des (vrais) chats :
“Tu troubes bas qu’ils ont l’air balades? Ils ont tous de la conjonctibite…
-C’est norbal, à force d’être tribotés toute la journée, et en plus ils sont baltraités bar les brobrios.
-Hein?
-Bah oui, tu sabais pas? Ils les nourrissent à beine et s’ils sont bah bendus, ils les abènent à l’abattoir des chatons inbendus.
-Bais c’est dégueulasse!
-Et en blus, ils bendent ça bille deux cents euros.”
Mille deux cents euros un chat tout moche avec la tronche écrasée et les yeux qui coulent… Qui finira à l’abattoir des chats rejetés si on ne l’achète pas… Mais bon Dieu! C’est pour ça qu’ils nous matent avec leurs pupilles culpabilisatrices ! Je me disais bien qu’il y avait une atmosphère pesante dans cette boutique. “Bite !” Quittons cet abattoir de luxe, ça m’angoisse tout ces caniches qui nous scrutent pour qu’on les sauve et ces lapins, d’habitude si polis, qui ont l’air en phase maniaque !
“T’as bluh le cafard, c’est bon, on beuh retourder à la baison?
-Ça ba bieuh bizarrebent.
-Et bah tant bieu barce que boi, si y’avait un pont, je sauterais!”
De retour chez nous, on a regardé “Festen” pour se remonter le moral et oublier ces bêtes qu’on avait lâchement livrées à l’abattoir parce qu’elles avaient les yeux qui coulent. Même pas encore d’animaux, et déjà ingrats avec eux…
Je crois qu’on n’est vraiment pas prêts à avoir un chat. Quittes à élever quelque chose, autant que ça soit nos petits cafards. C’est plus simple à nourrir et au moins on peut les trimbaler partout avec nous. Le problème, c’est s’ils deviennent schizophrènes en grandissant… Comment on fera pour leur expliquer que Riton n’est qu’un ami imaginaire?
Le Gavroche de Meudon
À chaque fois qu’une année commence, les gens prennent un malin plaisir à nous souhaiter des choses qu’on ne souhaite pas. Du travail, par exemple, ou la santé. Alors que c’est si bon de se plaindre de nos petits bobos en se tournant les pouces. Cette année, j’ai eu droit à une quinzaine de “Et un bébé pour 2008!” Ce que ces gens bien intentionnés et légèrement conventionnels ne savent pas, c’est que j’ai déjà un bébé dans ma vie. Bon, ok, il a 55 ans et carbure à la 16, mais sa candeur et ses lubbies ont tout de celles d’un enfant de huit ans. Cet adulte à l’âme pré-pubère, c’est mon père. Pas simple! Heureusement, j’ai été entraînée dès le plus jeune âge à survivre à ses passions soudaines. “Survivre” est un terme un peu exagéré, vous trouvez? Peut-être… à vous de juger.
Je devais avoir quatre ans quand mon père a décidé d’avoir un chien. Comme ma mère aimait les animaux et que j’étais trop petite pour contester, on a eu un chien. Mais pas n’importe lequel. Je ne sais pas trop où il avait trouvé Pirate, sûrement dans une décharge, mais c’était l’animal le plus con du monde. Tellement con que je m’en souviens. Cette bête était un petit bâtard maigrichon, à peu près aussi laid qu’un Lévrier mélangé avec un Bobtail. L’activité favorite de Pirate était la mendicité dans les restaurants. Quand il avait finit de bouffer à toutes les tables, il vomissait son butin aux pieds de mes parents, puis remangeait son vomi et repartait faire sa ronde. À moi, qui rampais par terre, d’éviter les restes de galette.
Plus tard, peut-être afin de justifier le nom du chien, mon père a voulu devenir marin. Il a fait construire un bateau, s’est plongé dans “Comment survivre en mer quand il n’y a plus d’eau potable et qu’on a déjà mangé sa femme” et a kidnappé sa famille pour la traversée d’un océan quelconque. Sans jamais avoir pris la moindre leçon de navigation, bien sûr. On s’est donc retrouvés sur un voilier à coque noire, avec un gamin élevé au bitume de la porte d’Orléans pour capitaine. Hisse et ho ! Les jours s’écoulaient au rythme de mes nausées. Affalée sur le pont, régurgitant mon biberon sur un Pirate aussi malade que moi, je suppliais ma mère d’arrêter la mer. Mais ma maman n’étant pas exactement Poséidon, tangages et roulis ont continué leur danse. Je ne sais pas si cette “aventure” à cessé parce que le matelot qui voguait avec nous -un vieil alcoolique nommé Pays- avait balancé mon doudou dans l’océan pour cause de lapins imprimés dessus, ou parce que mon père avait failli jeter ma mère par dessus bord parce qu’elle l’avait battu au Trivial Poursuite : toujours était-il, cette escapade salée à cessé et le chien et l’enfant ont fuit comme des dératés vers la terre, loin du bateau infernal.
Ensuite, ça a été le Nego Chin. Mon père avait vu ces barques plates à L’Isle sur la Sorgue et s’était dit : “Pourquoi pas moi!” Si ces embarcations s’appellent “noie le chien”, ce n’est pas pour rien. Pour la beauté de l’histoire, j’aurais aimé dire que Pirate avait trouvé la mort sur cette planche casse-gueule supposée flotter, mais il était déjà mort depuis longtemps à cette époque. Un repas de trop, mendié dans un resto un peu louche, intoxication alimentaire, adios Pirate, on t’aimait bien, de loin. Donc, pas de chien sur cette galère, juste ma mère et moi à nouveau, avec mon père à la perche. Inutile de raconter le nombre de plongeons forcés qu’on s’est tapés dans l’eau glaciale de la Sorgue, le nombre de fois où on est ressorties les cheveux plein d’algues et de sangsues… Les femmes et les enfants d’abord ! Le Nego Chin, c’est pire que conduire un Véli’b en plein coma éthylique.
Je vous passe six mois à tenter de survivre au climat morose de Valenciennes parce que papa voulait descendre à la mine, les deux ans de piano avec une vieille folle qui puait des aisselles parce que papa rêvait que je joue du Rachmaninov mieux que Rachmaninov, les heures à essayer de comprendre ce que signifiait une tache blanche sur une fond blanc lorsque papa s’est passionné pour l’art contemporain, bref! vous l’avez compris, les passions de mon père sont dangeureuses pour la santé. Tout ça pour en arriver à Meudon.
Et oui, la nouvelle lubbie de ce papou un peu branque, c’est d’habiter à Meudon, et son Grand Argument c’est que Meudon n’est qu’à “treize minutes de la Tour Eiffel”. Tu parles d’un argument. Pourquoi la Tour Eiffel? Pourquoi pas aussi le parcmètres de la rue du chat qui pèche? À moins d’avoir un hélicoptère ou de faire du 120 au milieu de la nuit, impossible d’aller à Meudon en treize minutes. Encore un truc pour que je tue quelqu’un en scooter.
“Mais siii, treize minutes j’te dis, et pis y’a un jardin pour ton p’tit frère et des grands placards pour les fringues de ma femme.
-Ah ouais… et pour moi y’a quoi, à part quinze minute de Denfert à la Tour Eiffel et treize de la Tour à Meuuudon?
-Pour toi y’a ma colec’ de train électriques et des guitares achetées 15 euros sur e-bay. Comme ça tu pourras t’y mettre et jouer du John mieux que John!”
Comment, lui qui a grandi sur les trottoirs de Panam, qui a passé des heures dans les bistros Parisiens à refaire le monde dans un sens puis dans l’autre, sans oublier de l’arroser au passage, comment ce papou parisien jusqu’au bout de la cibiche peut émigrer à Meudon?! Et le pire c’est qu’il déteste cette ville! Il n’assume pas du tout d’avoir à dire qu’il vit là-bas. C’est sûr, ça fait prout-prout… Encore une longue traversée de l’océan en perspective ! Remarquez, c’est pas mal Meudon, c’est tellement mort que personne ne notera qu’il a tué sa femme si elle gagne au Trivial Poursuite.
Voila. Dans Wikipédia ils disent que Meudon est “célèbre pour sa tranquilité”, c’était avant que mon père y vive. Avec un peu de chance, et en comptant sur sa nature farfelue, il lui faudra trois mois pour chambouler la ville, adopter tous les chiens errants, créer un musée de la marine et du Négo Chin, organiser des concerts de musiciens amateurs qui ne jouent ni aussi bien que Rachmaninov ni aussi bien que John et surtout prendre la tête du bar du coin et passer des heures nostalgiques à penser à Paris, assis sur des banquettes en sky.
Avec un peu de chance surtout, ce bébé qu’on me souhaite pour 2008 attendra 2010 et sera aussi passionné, barjo et idéaliste que son grand-père.
Dès qu’il aura trois ans, je lui offrirai une trottinette pour qu’il aille voir son papy à Meudon : “Mais non gamin, c’est pas loin, à peine treize minutes de la Tour Eiffel, alors patine ! “
















