La chambre de Thomas Noton

Il y a quand même quelque chose qui me turlupine quand on aborde le sujet des défauts.

Pour la radinerie, je comprends, la jalousie, l’égoïsme, aussi. C’est évident pour la lâcheté, l’hypocrisie et pourquoi pas l’hystérie.
Sur tout ceux-là, on tombe d’accord… Mais est-ce que la curiosité est un siii mauvais défaut ?

Sans curiosité on n’est rien qu’une plante verte qui attend que ça pousse. Vous les voyez les vieux grincheux blasés qui s’intéressent à rien - vous trouvez que ça donne envie, que c’est plus “cool” d’être détaché de tout ce qu’il se passe autour de soi ? C’est pas plus sympathique, franchement,  de se mêler des affaires des autres?

Moi j’ai choisi mon camp, je trouve que tout me regarde et je fourre mon nez partout. Pis comme je suis sympathique, je fais tourner les secrets, ça serait dommage de les laisser croupir dans ma caboche. Le problème, c’est quand la paranoïa s’ajoute à la curiosité : avec toutes ces qualités, impossible de nous cacher quelque chose. Oubliez les fêtes surprises et les guet-apens, un vrai curieux-parano les déjouera à tous les coups. À chaque fois qu’une date important approche, j’observe mes amis pour découvrir ce qu’ils préparent. Une fois j’ai même démantelé un anniversaire surprise qui n’existait pas. Bon, c’est vrai qu’au bout du compte j’étais déçue et fâchée contre mes potes ingrats, mais c’est les dommages parallèles d’une vie de curieuse. Comme pour les parachutistes, y’a bien des fois où ils s’écrasent.

Quand j’étais gamine, mon jeu préféré c’était le “Détective”. Je me préparais psychologiquement pendant des heures, je m’équipais d’un mini-carnet comme Basile et de mon plus beau stylo quatre couleurs, puis je rampais dans tout l’appartement pour aller me cacher derrière le canapé du salon et espionner les conversations des adultes. J’ai noté des trucs de dingue dans ce petit carnet, du genre “t’as trouvé du Nesquik? - demain j’irai pas au yoga, le prof est mort pendant sa retraite au monastère - Lola s’est encore foulé un doigt à l’école, on va finir par prendre une carte de fidélité à Saint-Vincent de Paul - dis, tu saurais pas qui a dessiné des lapins au Cayola sur la table basse?”

Le coup des lapins, c’était moi, j’avoue.

Non seulement j’épie les conversations, mais je fouille aussi dans les tiroirs. Me laissez jamais dans une pièce toute seule si vous tenez à votre intimité. D’un autre côté, si vous me laissez toute seule dans votre chambre, c’est bien pour que je me mette à l’aise, non?

Bref! Ce qui me perturbe le plus, c’est les gens qui me cachent quelque chose. Thomas Noton par exemple. Thomas Noton c’est le meilleur ami écossais de mes parents. Je le connais depuis que je suis née, c’est à dire y’a longtemps. Je l’ai battu pas mal de fois au Poker, sans tricher; on a même traversé le Québec dans une caravane sans frein et on s’est fait péter dessus par un putois - Oui, Thomas Noton c’est un peu comme un deuxième père pour moi, vous savez, celui qui préfère le thé au Ricard et qui joue à la pelote basque à 60 ans alors que moi j’ai du mal à monter les marches du métro à 27. Ce genre là.

Et bien figurez-vous que monsieur Thomas Noton me cache quelque chose, et ça ne date pas d’hier. J’ai réalisé il y a quelques semaines, qu’il habitait depuis plus de 30 ans dans un petit studio du marais et que je n’avais jamais été invitée chez lui. Déjà, c’est pas très urbain. Mais en approfondissant mes recherches, j’ai découvert pire : personne n’est JAMAIS allé chez lui ! Si c’est pas dingue ça ! Pendant trente ans, il a réussi à cacher sa maison - jamais, au grand jamais! un être humain n’a mis les pieds de l’autre côté de cette porte au 4ème étage d’un immeuble délabré…

Et tout le monde s’en fout. Il pourrait cacher des cadavres dans tout ses placards, avoir une femme agoraphobe qui vit chez lui, de la moquette orange et des installations à la “Alexandre le Bienheureux” au dessus de son lit, personne ne dirait quoi que ce soit parce que PERSONNE N’A JAMAIS VU SON INTÉRIEUR! Ça me rend folle. Plus j’y pense et plus je focalise. Pourquoi ce mystère, pourquoi tant de secrets, c’est trop cruel pour moi. Quand je lui pose des questions il s’esquive à l’anglaise, ce qui est assez moche pour un écossais :

“Mais est-ce que t’as un micro-onde?
-Maybe…
-Comment tu fais quand t’as un copine?
-On va chez elle…
-C’est un lit double, un futon par terre, un canapé qui se déplie ou tu dors appuyé contre le frigo?
-J’ai pas de frigo…
-Pas de frigo?! Mais comment tu manges et de quelle couleur sont tes murs?
-J’ai du Lipton, des paquets de Pépito, les murs je sais pas trop…
-Est-ce que tu m’invites si je te raconte un secret sur l’un des Sblorfers? Fais voir ta clef -  je peux te l’emprunter une heure…? Tu serais pas dealer de Ganja pour toute la côte ouest de Miami?
-No No No ! (avec l’accent british)”

Voila. Une vraie torture n’est-ce pas? Cet homme est diabolique. Plus il va se défiler, plus je vais le persécuter. À présent c’est devenu une affaire d’honneur, s’il ne m’invite pas chez lui, j’y entrerai par effraction.

Mais Thomas, tu ne me laisserais pas en arriver là, hein? Ça ferait “récidive” après le scooter, si je pétais ta porte pour découvrir le grand mystère - t’aimerais pas que j’ai un casier judiciaire à cause d’un tout petit secret que tu veux garder pour toi, you little selfish… Après tout ce qu’on a vécu ensemble Thomas - le putois, le poker, le “tea-punch”-, tu peux bien m’inviter à dîner. J’amènerai les Pépito…  Allez, steupl’… Et t’inquiète pas, ce qu’il y a dans la chambre de Thomas Noton restera dans la chambre de Thomas Noton, personne d’autre ne sera au courant. Promis… promis juré craché!

…………

Sinon, y’a pas quelqu’un qui aurait un pied de biche?

Le civet de lapin, c’est saké bon!

À peine arrivée à Roissy, le lapin qui trottait sur la piste d’atterrissage m’a dit en clignant des paupières : “Et si pour une fois tu faisais une chronique sérieuse? Un truc culturel sur la Japon par exemple…”

Un truc culturel… Sur le Japon… Et puis quoi encore le râble! Comment tu veux résumer une culture aussi complexe en une simple chronix fast food pour le web? Honnêtement, qu’est-ce qu’on connaît de ce pays en dehors du trio classique sushi-geïsha-samouraï? On connaît rien. Enfin, vous surtout, parce que moi quand j’étais petite je voulais faire Japonaise comme métier, alors j’ai quelques notions. Mais c’est pas pour ça que je suis capable de vous expliquer le pourquoi du comment de ce pays du bout du monde. J’ai aussi voulu faire cosmonaute, pourtant j’ai une vue pourrie… Et toi Bugs Bunny, tu crois que j’ai réponse à tout, que je sais si Godzilla est un gros lézard ou un petit dinosaure? Pourquoi les Yakuzas se coupent le p’tit doigt et comment ils font pour se gratter l’intérieur de l’oreille? Est-ce que la brochette boeuf/fromage existe dans les Yakitori nippon? Comment les bébés sumos font pour sortir de l’utérus de leurs mini-mamans? Et la grande question : est-ce qu’une geisha ça couche? Tu veux que je réponde à toutes ces interrogations cruciales? Tu crois que MOI j’ai compris un truc à ce grand bordel ?!

Ok, mon lapin. Ouvre bien tes oreilles, je vais te raconter le pays du soleil levant. Ça va être beau comme une fleur de camélia dans la rosée du Mont Fuji.

Le Japon, vois-tu mon animal, est une terre de contrastes. Là-bas, le moderne côtoie l’ancestral; les geishas parées des plus beaux tissus déambulent dans les néons d’Harajuku; un dôme en ruine se dresse au milieu d’ Hiroshima reconstruite. Là-bas, les portes des taxis s’ouvrent par magie, au risque de vous péter les tibias; dans chaque building, il y a des consignes à parapluie, des toilettes chauffantes qui font de la musique quand on pose nos derrières sur la cuvette, des jeunes femmes qui distribuent des mouchoirs en nous rappelant qu’on n’a pas le droit de fumer et de marcher en même temps. Là-bas y’a même des vieux pour décoller les chewing-gum des trottoirs… Et pendant ce temps-là, dans les jardins, des moines classent les graviers selon leur taille…

Ouais. Le Japon c’est tout plein de contrastes, comme ils disent dans les guides… Mais le plus gros de tous, c’est quand deux françaises se retrouvent dans le métro. Première différence, elles ne dorment pas. Là-bas tout le monde roupille et personne ne parle. Si on leur envoyait l’orchestre Tzigane de St. Michel, ils tomberaient en syncope. Le plus étrange, c’est qu’ils s’écartent de nous quand on s’assoit à côté d’eux. Peut-être que c’est parce que je toussais comme si j’avais choppée la grippe aviaire… Ou alors c’était pour nous laisser de la place - c’est vrai qu’il y a une différence de carrure : difficile de confondre nos popotins avec celui des Japonaises, sans parler de la poitrine de Déborah. Au Japon les seins de ma copine, ils font trois fois leur taille et sont comme le Saint Graal : ça donne envie de toucher, mais ça fait un peu peur. Quelques vieilles s’y sont risquées, elles ont peloté gentiment son décolleté et ont marmonné un truc qui ressemblait à une prière Yiddish, sauf que ça ne devait pas être du Yiddish sinon ça ne serait plus du Bouddha. Je pense que, grâce à ses nichons, Débo a sauvé pas mal de récoltes et guéri deux trois cancers. Les miens se sont tenus tranquilles dans leurs petits bonnets. Chacun son job, tout le monde peut pas être porte-bonheur.

Tu vois Goupil, le Japon est un pays animiste, attaché aux petits rien, attentif à la nature… Du coup, faut s’adapter. Un soir dans un resto, j’ai du mimer l’aile de poulet et l’épis de maïs pour passer commande. C’était surement à classer dans les “pires hontes de ma vie”, mais peut être qu’un jour ça me sera utile. Si je n’arrive pas à devenir cosmonaute ni écrivain, je pourrai toujours faire aile de poulet professionnelle. Épi de maïs, c’est vraiment trop dur.

Mais le grand secret du Japon, c’est que tout se passe dans des petites pièces cachées. Par exemple, si tu veux te masturber en publique, pas de problème, va dans un cyber café et enferme-toi dans un box. Avec un peu de chance, des Françaises ne te prendront pas en flag. Si tu veux tester tes talents de chanteur, grimpe au 18ème étage d’un immeuble et défoule-toi sur du punk rock, tout seul dans une pièce de six mètres carrés. Nous, on a hurlé comme des dingues pendant douze minutes trente et après on a courru comme des folles pour pas rater le dernier métro. Intense.

Bah voila, c’est un peu tout ça le Japon… Et puis il y a le saké. La boisson des Dieux… Le Dieu qui m’est apparu à moi, c’est le Dieu des lapins. Allez savoir pourquoi, mais depuis que je suis alcoolique du saké, je rêve de lapins, j’en vois partout, dans ma baignoire, au coin des rues, dans les prunelles de John, parfois même je leur parle. L’alcool de riz, c’est plus redoutable que n’importe quelle extasie. Je crois que je suis resté bloquée dans le monde des lapins roses. C’est un pays magique, un peu fou et un peu effrayant… Un endroit impossible à raconter dans une chronique. Un endroit comme le Japon, qui nous échappe toujours quand on pense l’avoir saisi.

Quand aux geishas et à leur libido, z’avez qu’à allez sur Google, parce que c’est l’heure de l’apéro. Allez, tu viens mon lapin… Pis arrête avec tes idées à la con - les chroniques culturelles c’est chiant comme une fleur de camélia dans la rosée du Mont Fuji.

Hiroshima, my love, t’aurais pas vu ma côte flottante?

  La plupart des gens choisissent leur voyage en fonction de la blancheur du sable, la hauteur des pyramides, la beauté des filles. Avec Débiche, nous, c’est la guerre. Si l’histoire du pays est lourde en bombes et en morts, on y va. Non, ce n’est pas du voyeurisme -pour ca on a les blogs-, c’est juste parce qu’on se dit qu’il y a des lieux sur la planète marqués par les erreurs et la folie humaine, et que ces endroits on veut les connaitre, pour essayer de comprendre… Evidemment, y’a rien à comprendre. Cette facon de voyager a un avantage, elle laisse un choix infini de pays , étant donné que notre petite terre explose d’un peu partout.

Bref! La premiere fois qu’on est parties très loin en abandonnant nos parents, c’etait pour aller au Vietnam. Un mois pour découvrir ce pays, essayer de comprendre ce peuple qui a vécu tellement de guerres et qui continue toujours à avancer…Tu parles! À peine arrivées à Saigon, même pas le temps de pleurer sur l’Histoire : Débiche se choppe une conjonctivite carabinee, elle se met à ressembler à Elephant Man qui se serait pris des gnons, du coup on file à l’hosto. Je vous passe les détails, le pus, les crouttes, les enfants opérés à la chaine sur le meme brancard, et je saute quatre jours plus tard à Hue ou deux petites nanas en quête de guerre se trouvent au milieu de la tempète du siecle. Un mètre vingt d’eau dans la rue, notre hotel à 4$ est inondé, moi, pieds nus pour pas niquer mes seules basket, qui marche sur un rat en voulant sauver Débiche tombée dans un trou…L’horreur ! Pire que les raids americains!

Le lendemain, plus rien, même pas une trace de boue pour témoigner de nos mésaventures.

Laissant nos parents appeler toutes les ambassades du Vietnam pour nous retrouver, on continue notre voyage. Hoi An, Danang, Hanoi, puis la Baie d’HA-long - histoire de faire une pose côté Musées sur l’Agent Orange. Ahh…La Baie d’HA-long… On se retrouve sur un petit bateau, sur l’eau, au milieu de nulle part, avec face à nous, un garde sur un radeau. Apparement il y a une “frontière aquatique invisible”, il faut payer pour passer la vague. Comme on est sur un bateau, sur l’eau, au milieu de nulle part (vous suivez?), on paye et on se retrouve sur une ile, sur l’eau, au milieu d’une horde de singes enragés. Juste le temps de me faire attaquer par trois singes, mordre jusqu’au sang et à l’os et hop! retour sur le bateau, où un mec me tartine les jambes de baume du tigre pour me rassurer. Ça valait le coup de payer pour attraper la rage !

Le Vietnam, c’est la survie au quotidien, les Américains n’avaient aucune chance.

Ensuite, on est allees en Pologne. Arrivée à Cracovie, je ne sais pas ce qui me prend, je me laisse tomber du train avant même qu’il soit en gare. Peut-etre que c’était l’atmosphère générale qui me collait le blues ou peut-etre que j’avais hate de voir le Ghetto… résultat : une entorse géante qui fait mal jusque dans le Lonely planet! Allez vous trimbaler un sac de routard avec une entorse et une Débiche en pleine dépression, un dimanche blafard en Pologne - y’a de quoi entamer la bouteille de Ricard. Mais comme disent les Polonais à ceux qui veulent se souvenir :”Show must go on!” Rebelotte hopital, rebelotte on n’a pas le temps de pleurer sur les ruines. Je ressors deux heures plus tard, la cheville collante de baume du tigre et entourée de papier cul, le moral en dessous de zéro parce que j’ai raté le ghetto. “Allez, on va à Auschwitz et on rentre…”

La Pologne, c’est pire que Limoges et les Sables d’Olonnes réunis.

Tout ça pour dire que les pays au lourd passé -même s’ils nous marquent à vie, comme le Vietnam où je suis retournée quatre fois-, ne nous réussissent pas toujours côté santé. Et le Japon ne fait pas excéption.

Depuis le debut, Débiche a recensé une dizaine de petits bobos, ampoules, aphtes, tendinite du pouce, mycose de l’orteil, etc… et moi je me suis peté deux côtes en toussant de traviole. Je sais, vous pensez que je ment, que j’hypocondrise (vous croyez en rien, c’est moche) et pourtant c’est la vérité vraie. Face au dôme de la bombe A, à Hiroshima, j’ai voulu cracher mon dégout et mes derniers miasmes hors de mes poumons fatigués, mais j’ai juste réussi à faire exploser mes côtes flottantes. Y’a eu un “KRARK!” et “krak” c’est jamais bon signe, surtout quand ça vient de l’intérieur de vous. Depuis, je boite, allez savoir pourquoi, et je ne peux plus tousser sinon je meurs. Du coup j’étouffe, et je meurs un peu. Mais pas de panique, j’ai du baume du tigre. Ca a bien marché pour les singes et la Pologne, ça devrait suffir à Hiroshima…

Hey, Débiche? Qu’est-ce que tu dirais de l’Irak pour notre prochain voyage? Il nous reste encore tellement de maladies et de blessures psychosaumatiques à attraper!

Tu miasmes quand même?

Avec ma morve verte fluo? Mes glaires gélatineux couleur poumons sales? Mes yeux de lapin qui aurait chopé une myxomatose carabinée… Avec et malgré tout ça, dis mon amour, tu miasmes quand même ?

T’as intérêt ! Parce que moi je te miasmerai même cul-de-jatte, avec le moignon mal épilé, je te miasmerai encore plus fort si t’étais incontinent, si tu bégayais et même si tu recyclais pas les bouteilles. Quoi que. Je sais pas en fait. On est facilement dégoûté des trucs en tout genre qui sortent de l’autre, non?

Par exemple, le vomi. Ça faisait longtemps. Bah oui, le vomi - qui peut affirmer ressentir un élan d’amour en voyant son conjoint (ou jointe) dégobiller dans l’évier? Qui lui tient les cheveux en attendant que ça passe, comme nos mères le faisaient - parce qu’y a rien qui dégoûte une mère, elles ont l’altruisme aigu. Nan, nous qui sommes justes des gens normaux, ni des mamans, ni des infirmières, on ne tient pas les cheveux de nos amants qui vomissent. On leur pose un Rennie sur le coin de la table et on file voir le dernier Brad Pitt. Au moins lui, il gerbe jamais. Ou alors en anglais, et ça c’est cool.

On a beau dire, c’est dur le couple, surtout quand le corps s’en mêle. Tout ce qui sort, qui rentre, qui gicle, faut l’apprivoiser ce bordel ! Et pourtant, depuis la naissance on est habitués aux  trucs dégueux. On débarque sur terre en se faufilant par un orifice obscure, imbibés de sang, de caillots coagulés, du placenta dans les tiffs et parfois même couverts de crotte. Ça devrait immuniser contre la propreté ce genre d’entrée en scène. Plus tard, ça s’aggrave : grandir au ras du sol, les mains là où les grands posent les pieds, où les chiens s’auto-fellationnent, puis les mains dans la bouche… Les lèvres vissées à un mamelon lacté, la couche lourde de nos petits boyaux… c’est beau un bébé, ça sent bon les organes à l’air libre ! “Mais après ça s’arrange…” Vous avez oublié l’acné purulente de nos 16 ans? Les pollutions nocturnes qui laissent le caleçon un peu collant et de jolies traces sur les draps de maman. Comment oublier nos cheveux gras d’ados torturés, pourquoi renier ces tonnes de crottes de nez décollées avec jouissance de nos narines constellées de points noirs ! Et pourtant on les tolère toutes ces déjections, ces expressions immondes de notre petit corps. On les occulte, parfois même on les aime : parce qu’elles viennent de nous.

Et nous revoila au problème de base : comment survivre face au corps de l’autre? Les premiers mois, ça passe, quand il rote après un Kebab, on trouve ça “chou”. Quand elle lâche un pet sous la couette, ils font comme si le matelas grinçait. On peut toujours philosopher, décortiquer l’amour avec des beaux mots, en vrai on est des corps, un point c’est tout. Des ongles qui poussent et se cernent de noir, des petites boulettes de chaussette entre les doigts de pieds, des crottes d’oeil, des boutons dans le dos… Et ouais les mecs, on a beau être des filles, des princesses au coeur tendre, on a aussi des reflux gastro-oesophagiens. Il faut une bonne dose de Breeze pour faire tenir une relation. L’amour dure trois ans - et après? Soirées suppo et échange de miasmes au coi du feu? Je ne veux même pas imaginer quand on sera vieux avec des fuites partout… Et pourtant c’est ce même corps qui nous fait perdre la tête. C’est lui qui frissonne sous la paume de l’autre. Bref! Heureusement que notre âme est entourée de chaire !

Tout ça pour dire que depuis dix jours, je crache mes bronches et qu’il faut vraiment être Superman pour continuer à m’aimer. Le plus rageant c’est pas d’être mourante, c’est que les autres ne le soient pas aussi. De voir tous ces gens bien portants autour de moi, ça me donne envie de leur éternuer en pleine figure. Alors voila, à défaut de vous refiler ma crève, je voulais vous dégoûter un peu.

La main qui colle et le coeur dans la gorge

Quelque part dans ma tête, il y a une petite lucarne.

Quand je l’ouvre, j’aperçois des bouts d’enfance, des journées à faire le cochon-pendu dans les arbres.
En me penchant sur le rebord, je distingue quatre silhouettes, quatre gamins inséparables, nés la même année, élevés comme des frères et soeurs. Marelles, cache-cache, colin-maillard. Trois filles et un p’tit gars. Bien plus qu’un arbre généalogique, une famille choisie. Une enfance partagée.

Dans mon enfance, y’a Zoé-badaboum, qui se pète un orteil dès qu’elle sort de chez elle. Zoé le coeur d’artichaut, qui tombe amoureuse comme on tombe de cheval, sauf qu’en dessous y’a pas d’crottin. Même que ça nous rend jalouses, Rita et moi, parce qu’on est encore en “guerre” contre les garçons. Pour de vrai, on aimerait bien tenir la main de Nicolas Copec en allant au square, mais Nicolas Copec il préfère Zoé parce qu’elle a pas la main qui colle et qu’elle porte de jolis foulards dans les cheveux. Dans nos cheveux, nous, on a que des noeuds, alors avec Rita on se tient la main pis on mange des fourmis pour se vanger des garçons et surtout pour imiter Baloo. Peut-être que quand on sera vieilles vieilles vieilles, genre trente ans, on sera cool comme Zoé, mais pour l’instant, on a la main qui colle.

Dans mon enfance donc, y’a Rita. Ça gigotte une Rita, ça sautille, ça frétille, ça fourmille d’idées géniales. Par exemple une fois, je m’étais brûlés les pieds sur des cailloux et elle m’a dit “assis-toi dans ce fauteuil roulant et j’te pousse”. Je me suis assise, on était sur un ponton près d’un lac, elle m’a poussée mais comme elle avait un bras dans le plâtre qu’elle s’était fait en grimpant à la corde, on est tombées toutes les deux à l’eau et on a failli mourir écrasées et noyées sous le fauteuil roulant. Ou pire! Je sais, je raconte mal, mais c’était terrible. Comme la fois où on était en colonie et qu’elle a voulu qu’on pique tous les bonbons d’Arthur en pleine nuit. Résultat, on s’est tapé un colis de quinze jours de bonbecs et Rita a vomi dans mon lit. Ah oui, parce qu’elle dormait dans mon lit, au cause du noir trop noir sous le sien. Maintenant je sais pourquoi y’a des alaises en plastoc sur les lits des colos. En parlant de bonbons, ça me rappelle la fois où on a fait tomber une grosse brique archi-lourde sur l’orteil de Zoé, parce qu’on voulait atteindre les friandises cachées dans le placard du haut. Pauvre Zoé, peut-être que j’ai menti, peut-être qu’elle est pas si badaboum que ça et peut-être que c’est nous les violentes.

Dans mon enfance aussi, y’a Arthur, le garçons aux mille coiffures. Coupe au bol, rasé sur le côté et long au dessus, en tignasse devant les yeux ou un peu punk avec quelques mèches rouges - Arhtur il est super costo niveau coiffure, il a même tenté la queue de rat et ça c’était moche. Pauvre Arthur, le seul mec au milieu de trois pestes. Notre cobaye préféré pour jouer au docteur. Grâce à lui on a découvert la vie, on a compris qu’en chatouillant les zizis ils deviennent ultra-grands, genre trois centimètres au moins! Bon, on a beau l’embêter, on est quand même toutes un peu amoureuses de lui. Faut dire qu’Arthur il a tout pour plaire, dans sa chambre y’a même un toboggan que son papa a volé je sais plus où. Peut-être à Jouets-Club pour cent francs.

Voila quoi, dans mon enfance y’avait tout ça.
Mais quand on grandit, on oublie un peu les vacances à quatre, les dimanches après-midi qui s’étirent chez l’un ou chez l’autre. Quand on grandit on s’éloigne de cette petite lucarne, on la pousse légèrement, on la laisse presque se refermer sur toutes ces journées à rire ensemble… Les occasions d’être réunis se font rares… et la plupart du temps c’est pour des enterrements.

Vendredi derniers par exemple. Dans un cimetière de Normandie où nous sommes allés bien trop souvent ces dernières années. Tous les quatre face au jardin, entre deux oies et un lapin sauvage, on attend que ça passe. La tante de l’un d’entre nous a perdu de vue la petite lucarne pour se rapprocher d’une grande fenêtre. Et nous on se dit que c’est pas du juste, qu’en comptant jusqu’à dix, en fermant fort les yeux, on oubliera qu’on se sent si vieux pis on ira grimper aux arbres.  

Mais on ose pas. C’est con. Comment ça marche déjà, un arbre?

Aujourd’hui les quatre gamins fument des clopes, des larmes sèches aux coins des yeux. On ne se casse plus d’orteils en cherchant des bonbons, on ne vomit plus de sucreries, ni dans le lit des potes, ni dans les bras de nos mères. Ou alors de la vodka. Aujourd’hui c’est plus nous qui courons autour de la table, c’est les p’tits frères de nos p’tites soeurs. Aujourd’hui on a vingt sept ans et nos parents ont les tempes grises. Merde quoi, aujourd’hui notre enfance est en boule dans notre gorge !

Mais demain? Si on se retrouvait tous les quatre hors des jours d’enterrements? Et si demain on dirait que c’est un peu l’enfance…

J’irai cracher sur les pervenches du Montparnasse

Pfft ! Scrrouppouit ! Splourrtsch !

Qu’est-ce que je fais ? Et bien je crache du haut de mes quatre étages voyons. Pourquoi ça ? C’est une longue histoire… Nan, en fait ce n’est pas une longue histoire, mais bel et bien une histoire à rendre dingue. Je fumerais bien une petite clope en vous la racontant, hélas, j’ai enflammé mon paquet et l’ai balancé par la fenêtre, dans l’espoir qu’il foutrait le feu à mon pire ennemi -celui qui me rend folle depuis des mois, celui qui m’empêche de dormir en paix : le scooter abandonné sur mon parking à scooter !

C’est mal, je sais, il ne faut pas cracher sur des inconnus, ma mère me l’a répété toute mon enfance, mais là c’est un cas de force majeure. C’est ça ou je balance carrément mon pavé – avouez que ça serait con de gâcher un pavé pour une cause aussi futile; alors je crache. Au moins, la salive, j’en ai en réserve.

Tout a commencé en décembre dernier, à mon retour de Londres. L’un des deux « pires retours » de ma courte vie. J’étais fraîchement célibataire, fraîchement brouillée avec ma maison d’édition Québécoise, et salement désespérée. Heureusement, je retrouvais mon scooter. Bon, ok, j’avais plus de mec à poser à l’arrière de ma selle, plus de mec à faire flipper en roulant comme une tornade, même plus de mec pour le faire démarrer au crique quand la batterie capotait… mais au moins, j’avais une belle place pour le garer, juste sous mes fenêtres.

TU PARLES ! Ma place habituelle était occupée par un gros scooter gris. Au début, j’ai rien dit, parce que je ne savais pas à qui me plaindre, et pis tout le monde se serait rendu compte à quel point je suis maniaque. J’ai juste pensé « patience la mouche, demain le propriétaire du scoot va aller au boulo et comme tu bosses pas, tu lui piqueras sa place ! » (Odieuse ? Mouais, un peu.)

Alors j’ai attendu toute la journée, assise sur mon rebord de fenêtre, à guetter les allers venus de mon immeuble. J’ai vu des jeunes sortir avec des bouteilles vides, des vieux en canne, des chiens en laisse, des livreurs de pizza et même l’ado du 8ème rouler un patin à une blonde - mais pas une seul fois le scooter n’a bougé. Le lendemain, idem, l’ado galoche une rousse et le scooter squatte toujours ma place. Le mec doit être en vacance à Bali, il reviendra sûrement début Janvier… En attendant, je me garerai sur le trottoir à côté.

Au fil des mois cette histoire a pris des proportions dans ma vie. À chaque fois que je rentrais, je voyais cette chose inutile échouée sur ma place et j’accumulais la rancune… Jusqu’au jour où j’ai pété un plomb. Ça a commencé par des petites choses que je lui balançais du haut de mes fenêtres - un reste de saucisson tout dur, des rouleaux de PQ vides, des croûtons de pain rassi, et puis, un soir un peu trop arrosé, j’ai carrément pété le pare-brise!  Fallait pas me piquer ma place face au cimetière. Depuis, c’est l’engrenage infernal, à chaque fois que je me gare sur le trottoir, j’arrache l’assurance, défonce la selle, bugne les phares et shoote dans les pneus. Je le pousse, le frappe, le bouscule, mais il est toujours là, à me narguer avec ses petits rétroviseurs vicieux !

En Mai, j’ai collé un sticker “Anti Sarko” dessus pour provoquer les flics - tu parles, ils n’ont même pas mis un PV pour incitation à la liberté. Toutes les nuits j’espère qu’on va le voler, j’ai même demandé à mes potes s’ils ne voulaient pas se dévouer pour casser l’antivol et récupérer un superbe scooter gris avec couverture chauffante, mais ils sont tous en Vélib’ ces trouillards!

Depuis trois semaines, j’ai trouvé un nouveau système : chaque soir, j’arrache la selle entière et la fout à la poubelle face à l’immeuble. Comme ça, les gens se rendront compte qu’il est abandonné et ils le dénonceront aux flics… Le problème, c’est les éboueurs : chaque matin c’est la même chose, je retrouve la selle exactement à sa place, sur le scooter ! Je crois qu’ils veulent me rendre barjo !

Pour tout dire, j’ai presque oublié la raison de ce bordel, de cette lutte incessante contre mon ennemi. Il ne s’agit plus de place de parking, c’est devenu une question d’honneur.

On est en septembre et le gars n’est toujours pas rentré de Bali. À mon avis il s’est fait kidnapper par un tsunami, ou peut-être qu’il s’est engagé dans la secte des illuminés qui abandonnent leurs scoot juste là où ça emmerde les autres.

Pendant ce temps, à Paris, y’a une fille normale qui se transforme en vieille réac. Je deviens complètement hystérique à cause de ce scoot. Comme si c’était important d’avoir un endroit plutôt qu’un autre pour garer son deux roues, comme si c’était déjà pas mal d’en avoir un ! Non seulement je deviens matérialiste, je bousille l’écosystème de ma rue en balançant toute sorte de choses dégueues, pire - je détériore le bien d’autrui. Je suis devenue Hooligan ! Il faut absolument que je trouve un moyen de me débarrasser de ce truc , sinon c’est pas lui qui va finir amoché, c’est moi qui finirait laide comme une affiche de l’UMP !

Vous vous demandez si cette histoire nulle a une fin heureuse? À vous de juger : l’autre jour je reçois par la poste une lettre des Trésor Public contenant une amende de soixante quinze euros pour “Stationnement gênant sur trottoir, passage ou accotement réservé aux piétons”.

Quel trottoir? Celui d’en bas de chez moi !

Oedipe Inside ou la torture du Vélib’ (suite et fin)

Et puis on est arrivés aux Sables d’Olonnes.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, peut-être que c’était le nuage gris qui ne pleurait que sur ma tête, peut-être que je me sentais vulnérable dans la peau de Yoko Ono, ou tout simplement parce que les Sables d’Olonnes c’est pire que marcher dans Limoges sous la pluie avec un ancien amant devenu chauve, bref! Le concert commence, John rentre en scène avec sa guitare et ce charme à rendre jaloux JFK, et là - plus violent qu’un boomerang sous Viagra, ça me percute de plein fouet : y’a que des meufs dans l’public de John!! Des souris sur leur 31, des rondelettes en slim-Converse, des pré-pubères aux lèvres ultra-glossées…

Mais pourquoi ils m’ont pas laissée tranquillement tester les Vélib’?! J’aurais été bien sur ma bicyclette quasi-gratuite, à flâner sur les ponts de Paris en lisant Charly Hebdo ou Picsou Magazine. Au lieu de ça, me v’la plantée au milieu d’une horde de nanas en rut pour mon rossignol, prêtes à m’arracher les yeux si j’approche trop des barrières. Mais où sont les hommes! À croire que la musique ne plaît qu’aux femmes. Pourtant c’est connu, on capte que dalle aux Ré mineurs et aux riffs de guitare, notre domaine c’est la psychologie, les sauces à salade, les enfants quoi! Mais non j’suis pas macho, je veux juste que cette foule féminine cesse de caresse mon John de leurs prunelles aguicheuses.

J’étais donc en bord de scène -les lèvres en sang à force d’y planter mes canines- quand une ado à peu près mille fois plus stylée que moi, hurle par dessus l’épaule du Bodyguard : “C’est qui elle? Remplace-là ! C’est moche les rayures!!”

Les rayures? Moche?! Et puis quoi encore… les fuseaux démodés?

“On n’est pas jalouses! Fais tourner!”

Elles veulent que je fasse tourner mon Oedipe, les folles! Pas question, J’ai survécu à des tas de maladies mortelles pour arriver jusqu’à lui, j’ai même réussi à faire démissionner ma psy.
 
“Allez! Retrouve-nous après le concert, on jouera à la Pétanque!”

C’est dingue les plans drague de la nouvelle génération. A mon époque on proposait une partie de Mickey sur Méga Drive ou d’aller voir Freddy en 3D pour pouvoir se galocher entre deux pop-corn. Si quelqu’un pouvait m’offrir un lance-pierres à Noël, ça m’éviterait d’acheter un snipper avec fléchettes anesthésiantes… Quoi j’ai pas confiance en moi? J’aimerais vous y voir!

S’en suit une heure d’autographes et de photos, avec tripotage au passage. Les musiciens aussi ont leurs fans - en même temps, je comprends, ils ont la classe les John. Pire que Les Musclés.

Après ce concert mythique, on est allé au resto et j’ai écrasé la testicule d’un chien en voulant atteindre les toilettes. Le pauvre, il a payé pour toutes les filles de la terre. Il n’avait qu’à pas vivre aux Sables d’Olonnes.

Quel rapport avec les vélos de Monsieur le Maire?
Une fois rentrée à Paris, alors que je traînais dans le marais du côté des boutiques d’armes blanches, je suis tombée sur une borne Vélib’. Comme je portais mon pantalon spécial sport (le même que tous les jours de l’année), je me suis dit que c’était maintenant ou jamais.

Je fais la queue dix minutes pour atteindre l’ordi, j’introduit ma carte, passe les 18 pages de conditions pré-location et au moment de retirer mon vélo en appuyant sur 1, la machine me crie que cette borne est hors d’usage. Vu que je suis quelqu’un d’assez borné, je file à la station suivante et re-belotte : petite carte Visa, blablabla le réglement de 32 pages, tapez sur 1 : et bam! Gros bugg sur l’ordi, il s’éteint carrément! Mais vu que je suis quelqu’un d’hyper acharné, je cours à la station suivante. Me voila place de l’Hôtel de Ville, en sueur, prête à maudire Delanoe si cette borne me résiste. Je commence à connaître le truc par coeur - la carte, le 120 pages de conditions, la putain de touche numéro un et… Yeah ! J’ai un Vélib’ !

J’enfourche la selle. Elle est trop haute, tant pis, j’ai pas la force de desserrer la vis. Je fais dix mètres en direction de la Seine, fière comme une gamine qui aurait trouvé son poing G, et PAF! Je crève un pneu !

… Résultat, j’ai dû traîner mon Vélib’ jusqu’à la borne suivante. Je peux vous dire qu’on les sent bien les 22 kilos de liberté!

L’avantage c’est que, durant les trente minutes que j’ai passé dans le bus - la peau flasque du dessous de bras d’un vieux me battant contre la joue (impossible de me lever pour lui laisser la place, j’étais HS) - j’ai eu le temps de repenser aux Sables d’Olonnes.

Si j’étais Dieu et que je pouvais condamner, en toute amitié, les fans d’Oedipe à une torture particulière, ce serait de louer un Vélib’ pour l’éternité sans jamais parvenir à la touche numéro un.

Souriez, Dieu c’est pas moi, c’est Elvis.

 

Oedipe Inside ou la torture du Vélib’

Est-ce que vous avez remarqué le nombre de bilans qu’on doit faire dans une vie? Ça fourmille de partout ces choses là, pire que le cholestérol.

Démonstration: Depuis le CP, un bilan scolaire en fin d’année, à chaque anniversaire un bilan, un autre pour les ruptures amoureuses et un pour les nouvelles relations quand on franchi le cap des six mois, un pour son médecin, son astrologue, son psychologue, un de nos finances suite au passage à l’Euro, un de Rock en Seine (”t’as pas trouvée Bjork un peu décevante habillée en oeuf de Pâques?”), un autre après une journée de shopping, un des amis qu’il nous reste depuis les élections, un bilan des heures perdues devant Myspace, un de la première saison de Dexter, un pour celle du Sblorf et enfin, LE bilan du Vélib’ et celui des vacances.

Celui là, généralement, il se résume à tant de litres de pastis consommés, quelques heures au soleil, une pincée de kilomètres parcourus sans carte 12/25 ans et d’interminables discussions éthyliques avec ses potes. Bref, les vacances quoi, le Farniente, la bonne glandouille… Mais cette année, j’en avais marre des plans glandouilles, je me suis dit “Ma fille, en Août tu restes à Paris et tu testes les Vélib’!”.

C’était sans compter sur Oedipe Inside. Vous êtes perdus? “Oedipe Inside” c’est le “faux nom de groupe” que je donnerai à mon amoureux et à ses zicos afin de préserver leur intimité. Déjà que je m’apprête à exhiber leur vie de Rock Star, vous voulez pas non plus que je balance leurs mensurations.

Donc, le chanteur d’Oedipe Inside, que nous appellerons…heu… John Lennon… me dit : “Girl, my love, viens en tournée avec moi, tu vas voir comme c’est beau la France, tu vas voir comme c’est cool l’ambiance…

-Cool une ambiance cool. Tant pi pour les Vélib’ : Let’s rock baby ! “

Et me voila partie sur les routes de France, avec mes t. shirt rayés et un jeu de Uno.

Les deux premières dates, tout se passait très bien -aucun regret par rapport aux vélos que j’avais abandonnés à Paris.
Voyager en bus avec des musiciens, c’est un peu comme partir en colonie sans mono et sans craignosses à l’avant du car pour vous vomir dessus. Dans le bus d’Oedipe Inside, quand tu vomis, t’as le droit de le faire par la portière coulissante à pleine vitesse. Yeah! Ça c’est Rock n’roll! Dans le bus d’Oedipe, c’est pas des vidéos sur les châteaux de la Loire qui passent en boucle, c’est les Simpsons avec Hendrix à la bande son. C’est pas non plus une Game Boy qui tourne de main en main dans le bus des copains d’Oedipe, c’est la recette à fou-rires qui fait voir des lapins bleus…

On s’amusait bien avec John le guitariste et John le batteur, sans parler de John à la contre-basse, John au son et John à la régie… Tout ces John dans un même bus, avec leurs trips et leurs tocs de zicos, c’était un peu mon enfance, un peu le paradis psychédélique auquel j’aspire en inhalant…

Et puis on est arrivés aux Sables d’Olonnes.

(à suivre…)

Vieille comme un genou fripé

 

Hier j’ai eu vingt sept ans. C’est l’heure des bilans, parait-il.

 

Mais vingt sept ans, c’est quoi ? C’est un peu bâtard comme âge- comme un cul entre deux chaises, à moitié ferme, à moitié ridé.

Vingt sept, c’est pas l’âge du Christ et c’est sérieux depuis trop longtemps pour être l’âge de Rimbaud.

Vingt sept, c’est encore tellement loin des prouesses de Jeanne ou même de celle de mon grand-père.

Vingt sept, c’est rien quand on regarde le cosmos. A peine un clin d’oeil dans la vie d’une étoile.

Vingt sept ans,  c’est surtout dix sept années entre moi et l’enfance. Entre les framboises au bout des doigts, le nez collé à la vitre arrière des voitures, et le labyrinthe institutionnel de la vie d’adulte.

 

Dix ans que j’ai quitté l’adolescence, que je ne porte plus de manteau noir sur la plage- l’acné cachée sous une mèche de cheveux gras, à lire Nietzsche tout en rêvant de coucher avec Brad Pitt dans « Et au milieu coule une rivière » sinon rien.

 

Aujourd’hui, bizarrement, je ne comprends plus Nietzsche et Brad a eu un retour de truite un peu difficile.

 

Alors quoi, il faut faire le bilan ? Il faut tirer des leçons de toutes ces heures passées à avoir peur de grandir tout en ayant hâte d’être une vieille femme avec une canne, qui se fout de tout à part des centaines de livres qui lui reste à lire ?

 

Bon d’accord, c’est heure des bilans, pi ça me fera un sujet de chronix.

 

Donc, depuis ma sortie d’utérus, j’ai grandi d’1m70, pris 57 kilos, fais 7 écoles différentes. J’ai perdu pas mal d’amis, j’en ai rencontré quelques-uns irremplaçables. Fille unique puis Grande Sœur, vierge puis… présentée au loup. Je suis passée de punkette nihilistico-romantico-idéaliste à girouette farfelutto-hypocondrico-utopiste. Elevée sous Mitterrand, en berne sous Sarkozy ; j’ai plaqué mes épaulettes, mes fuseaux, mes scoubidous, pour un jean Convers et quelques potes sur Myspace.

 

Vingt sept ans, c’est bien assez long pour se casser deux bras, une clavicule, deux rotules, pas mal de doigts, pour se perforer la membrane inter-maxilaire avec un touilleur à Coca, se faire une demi douzaine d’entorses (dont une en Pologne), se brûler les pieds au deuxième degré, attraper l’impétigo, la teigne, la cystite Québécoise, et même avoir une entorse du muscle temporal à cause d’une dévitalisation cauchemardesque de la molaire droite…. Mais rien de tout ça n’a atteint mon organisme autant que les tequila frappées du Café Campus ou un certain second tour de 2002.

 

Vingt sept ans que mon cœur irrigue mon cerveau pour qu’il puisse fomenter des projets irréalistes, pour que mes doigts caressent de nouveaux visages et que mes jambes me poussent vers de nouveaux voyages.

 

Tout ce temps pour apprendre à connaître mes parents, pour comprendre que la vie n’est jamais aussi belle que dans un grand bordel, quand les familles se recomposent, que les amis avec qui on jouait au Docteur se marient, ou pire, font des enfants !

 

Si peu de temps finalement, pour découvrir ce que l’on a au fond de soi, bien caché sous la carapace en titane.

 

Vingt sept ans, c’est rien non ? Quelques bleus et quelques sourires…

 

Des coquillettes au Pastis, du bac à sable à la cave du Sblorf… qui est chaude et tamisée comme l’utérus de ma mère…

 

Finalement, on en revient toujours à ça !

 

Deux doigts de canneberge pour une septicémie (Attention chronix répugnante)

Tout a commencé dans les toilettes de l’avion entre Paris et Montréal, quand la dernière goutte a léché la cuvette, frappé à la petite porte en étain et plongé dans le ciel pour rejoindre un nimbus. Une douleur inhumaine, mon ventre rempli d’acide sulfurique, comme si mes organes s’entre-dévoraient ou que ma vessie était en plein bad trip. Pfff… respire…encore… respire… tu ne vas pas crever tout de suite, c’est impossible, on a jamais entendu parler de quelqu’un qui est mort dans des toilettes d’avion parce que son « intérieur » le brûlait vif. C’est sûrement la pression, toute cette altitude c’est mauvais pour les choses fragiles comme une rate ou un ovaire… Ou alors c’est le syndrome de la classe éco et je suis en train de faire une embolie pulmonaire doublée d’une phlébite carabinée. Peut-être aussi qu’une bite me pousse… Mais non, imbécile, commence pas ta parano, tout va bien. Ça fait toujours ça quand on change de fuseaux horaires…

Arrivée à Montréal, j’oublie qu’une maladie mortelle me ronge les entrailles afin de profiter du Grand Retour. À moi le Dieu du Ciel et ses bières maison ! À moi les hamburgers du Patati et Patata, la poutine de la Banquise, les mega-sandwich du Santropol ! Cette ville se découvre par les papilles. Le nez en l’air, j’arpente St. Laurent; sur Mont-Royal je commence à peiner; au coin Laurier/St. Urbain j’ai dix-huit cuisiniers chinois qui font du bœuf Chop Sui avec mes boyaux et ils ont mis la dose de wasabi les cons.

Un coup de fil à mon P’tit Homme pour être rassurée :
« Allo ? J’ai bobo à mon cancer des ovaires…
-Mais non, tu l’as déjà eu la semaine dernière celui-là, tu peux pas l’avoir deux fois…
- Et la récidive, tu connais ? Merci pour le réconfort ! »

Deuxième option, puisqu’on ne me prend pas au sérieux :
« Bonjour monsieur le pharmacien, je crois que j’ai une dégénérescence des organes ou peut-être juste un prolapsus.
-…
-… ou une infection urinaire.
-Ah oué !
-Vous pouvez me donner plein d’anti-bios s’il vous plait ?
-Hé non boy ! Ço t’prend une ordonnance icitte pour avouèr des médicômains. Mais boué-donc du jus d’canneberge, ça morche au boutte pour c’t’offaire lô. »

Du jus de canneberge ? Canneberge… Cannebière ? Mais je fais que ça d’en boire de la bière !

“Tabarnouch! Hostie d’français…”

Ok, mission jus de canneberge, le remède miracle. Ça doit être facile à trouver puisque tous les Pharmaprix du Mile-end me conseillent d’en boire… Tu parles. C’est plus rare qu’une truffe en Irak. Et pendant c’temps là, ma vessie s’engorge de nitroglycérine.

Aïyaïyoutch, dernière option: Maman ! je meuuuurs  : sauve ta fille si t’es une femme ! Heureusement ma mère c’est plus qu’une femme, c’est Wonder-Maman. Et hop! On saute dans son Bat-taxi, direction Hosto City..

À l’Hôtel Dieu, une standardiste me dit : « Vous êtes sûre de vouloir vous soigner ? C’est hyper cher vous savez… » Ah bon, alors dans ce cas, laissez-moi crever.

À l’Hôpital Verdun, j’ai attendu 57 minutes pour m’entendre dire qu’ils soignaient pas ce genre de “cas”. Ça m’a vexé, du coup je suis partie.

À la « Clinic 30 » sur St. Joseph, il faisait -30° (d’où le nom) dans la salle d’attente. Bonne technique pour gratter plus de tunes aux patients : t’arrives avec un rhume, tu repars avec une pneumonie. Comme j’étais déjà archi malade, j’ai pas voulu aggraver mon cas (qui était déjà, incurable selon l’Hôpital Verdun), du coup je suis partie.

Entre deux clinic, je passe dans un cyber pour consulter Doctissimo.fr et j’ai une illumination. Symptômes de la septicémie : sang dans les urines, mal au ventre, fièvre, frissons, vomissements. J’ai tout ! Enfin, a peu près… Comme je ne voulais pas mourir dans un cyber, je suis partie.

Et finalement, la délivrance : Wonder-maman déniche le Médi-club au Sanctuaire. Le nom évoque plus un club de gym échangiste qu’une jolie petite clinique, et pourtant.

C’est le Dr. Hung Dao qui me sauve. (Dieu est Vietnamien, j’le savais !) Un type très rassurant ce Hung Dao – pour me détendre il me dit qu’il a passé vingt ans dans un camps de concentration au Cambodge. Allez savoir pourquoi, ça me rassure. Ensuite il me tend un petit gobelet et me dit « Les toilettes sont à côté ». Ah non. Je ne peux pas faire pipi dans une si petite chose, non non non. Il rajoute une lingette au citron. Bon… d’accord, mais c’est bien parce que vous insistez, parce que moi je suis absolument contre l’idée de pisser, ça fait trop mal, j’ai décidé d’arrêter ça.

Docteur Hung Dao confirme mes craintes, j’ai une infection carabinée à cause de l’avion. Un peu plus et je mourrais au Québec crisse de cibouère de côlisse de tabarnak d’hostie d’putain d’sa reum j’capote ben raide!! 

En passant devant le cimetière pour retourner à la pharmacie, j’aperçois pleins de drapeaux blancs avec une espece de tête de mort dessus. Mauvais présage ça….
« Croquemorts en grèves, le cimetière n’accepte plus  d’enterrements jusqu’à nouvel ordre ! »

 La morale de l’histoire c’est qu’au Canada, tu peux toujours crever pour être soigné. Et le pire, c’est que même mort, t’as aucune chance d’être enterré.

Mais heureusement, ils ont du jus de canneberge.

Ici Papa Tango Charly !

Mayday ! Mayday ! À moi ! Au s’cours ! Il se passe quelque chose de grave !

L’autre jour, j’étais à califourchon sur ma fenêtre, concentrée sur la parade amoureuse des pigeons, quand un P’tit Homme m’a mise dans sa valise et posé la valise dans un train : direction Finistère.

La fin de la terre… Le pays du ciel anthracite, des embruns qui viennent saler vos lèvres ; celui des contrées qui chantent Kenavo, Kerarmel, Plouezoc’h, Korrigan et autre Ker-kekchose ; le bout du bout, un dernier rocher et puis la mer…

Il faut être farfelu pour introduire une Parisienne en Bretagne. J’y connais rien moi, aux crêpes et aux bateaux - à part que les deux me filent plus ou moins la nausée. Homards, amarres, bottes en plastoc et éprouvettes à crevettes… Qu’est-ce qui se mange, qu’est-ce qui pue la marée ? Je suis loin d’être équipée pour partir à l’assaut des tumulus, avec mes tennis de citadine et mes poumons tout pollués. Qui, à part une Parisienne, est capable de confondre le cidre et le Canada dry ? Heu… qui, à part moi ?

Donc, la gamine de Montparnasse est debout face a l’Atlantique - qu’y a-t-il de si grave me direz-vous.

Est-ce le vent qui souffle et décoiffe mes idées ? La bruine qui se dépose sur mes cils ? Ici ça cingle, ça tonne, ça crache ! Je mets le pied dans la vase, j égratigne mon jean sur les canines rocheuses. Les rafales de sel testent mon équilibre instable d’enfant du bitume… Et pourtant, ce n’est pas ça qui cloche, la n’est pas la catastrophe -si je n’avais pas peur de passer pour une mauviette, je dirais même que j’aime la Bretagne…

Le Vrai problème apparaît a la pause loukoum : après une journée de balades au bord des falaises et de goinfrage méthodique pour remplumer mon P’tit Homme, on s’installe au salon et je tombe sur le magazine 20 Ans de 2004, Spécial grand test de l’été : Avez-vous une belle âme !

“Etes-vous comme Angelina Jolie, prête a adopter tous les enfants d’Asie, ou plutôt du genre Ben Laden, à faire joujou avec des avions ? Blanche-neige ou Vieille sorcière qui pue ?”

Je sens que je vais cartonner à ce test, j’ai quand même pris soin d’une tortue pendant longtemps avant qu’elle meurt desséchée sous le radiateur ; j’ai une âme tellement sensible que le moindre téléfilm d’M6 me fait pleurer comme une madeleine.

Première question, répondez par oui ou par non : “Vous allez en boite de nuit uniquement pour trouver de la chair fraîche à vous mettre sous la dent ?”

(Ils essayent déjà de me feinter… Réponse :Non.)

“Vous vous sentez coupable de la faim dans le monde ?” (heu…pas trop) “Vous avez déjà trompé quelqu’un ?” (pff, c’est quoi ce test idiot…) ‘Vous dites toujours merci au serveur ? (Oui !) Vous ne voulez pas révéler à vos copines l’emplacement du point G, par peur qu’elle en profite plus que vous ? (oui…) Vous aimez faire des cadeaux ?(mouais) Vous aimez les dimanches en famille ? (Et puis quoi encore !) Vous tolérez les homosexuels ?(hein ?!) Vous n’avez que des amies filles (quel rapport avec l’âme ? Si je dis non, ça fait mauvais genre ?) et enfin, “Si vous échouiez sur une île déserte, laisseriez-vous votre tour au plus faible pour manger le capitaine ?”…….Non.

Fastoche ce test ! Toute fière de moi, je compte les points, certaine d’avoir une âme bien au dessus de la moyenne… Un, deux, douze, seize… et bien figurez-vous qu’en dessous de 30, vous n’avez pas une belle âme, ni une âme moche, même pas une petit âme mal fichue, non, selon le test de l’été 2004 : VOUS N’AVEZ PAS D’AME !!

Alors comme ça, en Bretagne je n’ai pas d’âme. Rien, le vide, un gros trou noir entre le cœur et la cervelle, la ou normalement se trouve l’éponge palpitante qui me sert a vibrer ? A croire que la nature me rend mauvaise.

Si c’est comme ça, vive Paris ! Vive les âmes polluées et stressées, les âmes-macadam aux formes Haussmanniennes ! Mon P’tit Homme, j’veux rentrer a la maison ! Mon âme me manque depuis que je l’ai perdue !

Et pourtant… c’est bizarre… quand je te regarde je sens quelque chose qui chatouille au fond de mes entrailles. Est-ce qu’il m’en resterait un p’tit bout ?

LTFW

Dérivé audacieux du célèbre RTFM, je pense faire désormais de ce signe barbare mon cri de guerre officiel. Que mes clients tremblent car maintenant, à chaque demande stupide, à chaque remarque ridicule, à chaque tentative de me faire faire une modification hideuse sur une page déjà retouché cinquante fois, je leur flinguerais l’oreille interne avec mes lettres magiques.

En quatre lettres comme en cent : Listen The Fucking Webmaster.

Ouais parce que mon boulot principal pour ceux qui ne savent pas c’est de faire des sites Internet. Hors, je pense que tous mes collègues webmaster vous le confirmeront, l’ennemi numéro un de notre profession c’est le client. Le client qui sait tout. Celui qui connaît Internet mieux que vous. Le gars qui se prend pour Bill Gates car il a déjà réussi à mettre une page web en ligne en utilisant Word (si si, c’est malheureusement possible de faire des sites sous Word, tout comme il est possible de pratiquer le jardinage avec un tractopelle ou la sculpture grecque avec un marteau piqueur).

Et malheureusement ce client la, c’est en fait 99% de MES clients. Je ne sais pas si c’est une sorte de malédiction qui m’aurait touché à la naissance mais il semblerait bien que dans mon domaine professionnel, je sois une sorte d’aimant à gros con. Si y’en a un qui tourne dans un rayon de trois kilomètre avec un projet bien pourri et un budget de crevard, il va me trouver aussi sûrement que mon collègue de cave trouve un KFC les yeux fermés.

En fait c’est même un sujet tellement vaste que ça mériterait que j’y consacre plusieurs chroniques. A raison d’une tous les trois mois, ça m’occupera facilement une année, voir jusqu’au cinquième anniversaire du Sblorf (c’est Lolita qui va être contente).

Mais avant d’en arriver la, je me contenterais aujourd’hui de vous parler de Robert. Robert c’est mon ami imaginaire à moi. Une monstre difforme composé des pires aspects de mes pires clients et qui me coure après dans d’atroce cauchemar. Souvent un nuancier pantone à la main et une boite du logiciel FrontPage dans l’autre. C’est l’enfer, d’autant plus que Robert est aussi présent quand je suis réveillé.

Généralement, je le croise dès le matin car il m’a laissé de façon subtile treize messages sur mon portable, dont un de trente minutes. Puis sur mon email ou il me demande si ça lui coûterais plus de 100 euros que je lui fasse un site équivalent à Ebay (après tout ça a déjà été fait suffit de le recopier quoi).

Mais le pire c’est que des fois je dois l’affronter en vrai. Dans ces cas la j’évite de laisser à porté de main des objets contendant. Je serais trop vite tenté, dans un réflexe d’autodéfense bien compréhensible de lui fracasser le crâne au moment où il me donne sa vision très personnelle de la charte graphique idéale.

C’est d’ailleurs l’occasion d’aborder son plus gros défaut. Généralement Robert ne sait pas écouter. T’as beau lui expliquer que foutre un fond rose avec des caractères vert fluo c’est illisible, que son logo ressemble à une couille défraîchi et qu’une animation flash de 15 minutes en intro d’un site de e-commerce c’est comme si monoprix murait toutes ses entrées pour que ses clients soit obligé de rentrer par la fenêtre des chiottes, y’a pas moyen de le convaincre (cette phrase est longue mais bon, what the fuck).

La seule solution pour ne pas devenir fou c’est au final de sortir sa plus belle palette de couleur fluo, cinquante mille ligne de code javascript, et pour les cas les plus graves un cd-rom de gifs animés qui rendra le site internet aussi accueillant que la foire du trône avec six grammes d’alcool par litre de sang.

Si j’avais pas des besoins alimentaires qui coûtent cher (quatre kilos de kinder bueno par jours et deux litres de burn) je réinvestirais l’intégralité de mes recettes dans un programme novateur destiné à faire prendre conscience à mes clients qu’ils ne connaissent pas mon boulot mieux que moi. Genre un passage à tabac par deux finalistes d’ultimate fight spécialistes du brisage de genoux à grand coup de pied de biche et qui gueuleraient sur un air de samba : LTFW !

La ballade d’Olivier

Le front appuyé contre une vitre, je contemple le cimetière Montparnasse.

Mes fenêtres ont vue plongeante sur les tombes et, à part les feuilles qui frissonnent, ce soir encore rien ne dansera dans les allées.

Pourtant, à quelques pas de là, juste de l’autre côté du mur couvert de lierre, les Parisiens fêtent la musique. Deux amies passent en chantant dans ma rue, bras-dessus bras-dessous; derrière elles, un homme porte une contre-basse comme il porterait une femme assoupie.

Quatre étages plus haut, j’hésite à sortir et plonger dans la foule. La nuit hésite elle aussi, elle ne veut pas tomber -on lui a dit que c’était le jour le plus long, alors elle prend son temps.

J’ouvre la fenêtre, me penche sur le rebord. On dirait qu’il y a un concert boulevard Raspail et j’entends enfler les murmures de Denfer. Mon voisin du troisième entame au piano un air trop familier. Ça fait un an qu’il s’acharne à jouer le même morceau - ce soir c’est la consécration !

Est-ce que j’irai à Ménilmontant, écouter une grosse caisse raisonner dans l’orchestre? Peut-être à Odéon retrouver des amis, et sinon aux Tuileries, à Barbès, dans le treizième… Finir à la concorde, les pieds en sang, les cheveux trempés, parce que c’est certain qu’il pleuvra, il pleut toujours le 21 juin.

Mon regard s’accroche aux branches du grand chêne et devine, derrière lui, le petit olivier planté sur la tombe de mon grand-père. Tiens, c’est vrai, j’ai encore ses Vinyles… Après sa mort, il y a tout juste un an, j’étais allée chez lui et avais découvert sa collection.

Laissant la fenêtre dans mon dos, j’approche de ma platine et soulève le couvercle en plastique. Mes doigts laissent des traces dans la poussière. Ça fait longtemps que je suis censée la brancher, mais je trouve toujours une excuse pour ne pas le faire. Une excuse, surtout, pour échapper à la vérité : je suis nulle en électronique, me demandez jamais de dénuder un fil, je risquerai de faire sauter l’Elysée. (chiche?)

Je m’assoies en tailleur sur la moquette, la pile de Vinyles de mon grand-père face moi. Suzanne Vega, Gloria Gaynor, Blondie, Grace Jones, Barbara, Bonnie Tyler, Madona, Cyndi Lauper, Sade… C’était un homme “à l’ancienne”, un amoureux des femmes et des mots qui sonnent. Un écrivain pour enfants, comme j’espère le devenir. Un Ecrivain tout court d’ailleurs, de ceux qui  voient leur vie comme un roman et s’agacent de ne pas avoir trouvé de phrase de fin à la hauteur des premières pages.

Dehors les gens dansent dans la rue et moi je branche ma platine. Je ne sais pas ce qui m’arrive, ce soir j’ai fait Polytechnique! Je connecte les rouges aux rouges, les noirs aux noirs, j’intercale même un pré-ampli !  Quelques notes de guitare se faufilent par la fenêtre, j’y vais, leur barre la route d’un simple carreau embué, puis reviens et dépose le Vinyle sur le plateau. Scrratschh…

Allongée sur la moquette comme une ado romantique, j’écoute Suzanne Vega chanter Luca. Je revois mon grand-père à son bureau, entouré de ses livres, essayant de finir un roman alors que deux petites filles sont cachées sous la table et emmêlent ses lacets. It’s a hard day raisonne, je me souviens des mains d’Olivier posées sur le clavier d’un ordi flambant neuf, je les vois l’écarter pour retrouver la plume et chatouiller la feuille. Total eclipse of the heart, je me rappelle du regard d’Olivier posé sur la famille, sur la smalah…

Aux dernières notes de Sitting on the dock of the bay, je réalise que la fête de la musique est terminée. J’ai passée la nuit étalée sur ma moquette, bercée par les refrains de mon enfance. Un coup d’oeil par la fenêtre : les trottoirs sont secs, il n’a même pas plu.

A quatre vingt quinze ans, après un double pontage cardiaque, mon grand-père avait coutume de dire en parlant de sa vie : “Cette histoire finira mal!”

Pour le rassurer, ses innombrables enfants et petits enfants, s’écriaient “Mais nooonnn Papy….”.

Et moi, dans mon coin, je serrais les lèvres pour pas casser l’ambiance:  Bien sûr que cette histoire finira mal ! Même si notre vie prend des airs de comptine, si elle se fredonne comme une belle mélodie, peu importe le nombre de chansons à vivre, les sillons et les silences remplis de souvenirs, au bout du compte le Vinyle à une fin et le diamant flotte dans le vide.

Mais t’inquiète pas mon Papy, il y a toujours une deuxième face… si quelqu’un veut bien se donner la peine de retourner le disque. On se retrouve sur la Face B!

Quand je serai grande, je serai pute (si Dieu le veut…)

C’est décidé, quand je serai grande, je me marierai en robe blanche.

On a beau dire que c’est une convention ringarde, un énième prétexte pour enchaîner l’autre, et alors ? Moi je veux être enchaînée, je veux qu’un mec en queue de pie menotte mon annulaire et qu’un Maire me force à dire I Do, même si mon « I Do » se transforme en « I Hate You » au bout d’un an. Finalement, quand on y pense, un an c’est la moitié de la vie d’un poisson rouge, alors c’est déjà pas mal…Versons une larme pour les blasés, pour ceux qui se marrent et se moquent des marches nuptiales. Le mariage c’est comme la P’tite Souris, une belle chimère, mais c’est tellement bon d’y croire………..

Alors, vous y croyez à mon illumination, à cette révélation judéo-chrétienne un peu cul-cul la pral’? Et bien vous êtes dupes comme un syndicat de jeunes vierges ! Si je vous ai tenu ce discours, ça n’a aucun rapport avec le mariage et toutes ces conneries, c’est simplement pour correspondre à l’une des deux images qui collent à la peau de la Femme, puisque l’autre m’est définitivement refusée.

Revenons quatre jours en arrière.

Tout allait bien à Noirmoutier –mariage en bord de mer, lune rousse et petits crabes agonisant sur les rondins. Je sirotais ma douzième coupe de champagne et caressais de mes pupilles éméchées le dos des valseurs, quand un certain garçon (que je nommerais « import-export » afin de préserver son anonymat), me lance au visage cette phrase odieuse : « Tu veux que j’te dises ? C’qui te manque par rapport aux autres filles de la soirée, c’est un côté un peu pute…
-Quoi… Je fais pas pute, moi ? Je fais ultra pute tu rigoles !
-Bah non. Tu fais jolie, mais pas pute…
-N’importe quoi, t’as vu ma robe de malade ? Y’a carrément la dentelle du soutif qui dépasse quand j’me penche !
-Toujours pas pute.
-C’est hyper vexant c’que tu m’dis ! En plus c’est faux, j’suis ultra bitch, demandes aux dessinateurs de…
-Cherches pas, tu fera jamais pute, t’es pas « avenante », tu cause qu’aux gens que tu connais !

Alors là : syncope ! Hémorragie interne, externe et même périphérique ! Mes yeux sortent leurs bazookas, mes jouent s’empourprent  : Oser me dire ça À MOI qui fatigue les plus prolixes, qui tchatche avec le moindre inconnu pour peu qu’il ait un Myspace ou un Blog bd, moi qui bavarde avec tous les clochards du Québec, moi qui parlerais aux morts des tombes voisines si seulement j’étais moins vivante et eux plus causants ! Pas « avenante » et PAS PUTE?! Achevez-moi avant que je me noie dans l’eau bénite !

Laissant la « jolie » fille ronchonner sur sa chaise, « Import-export » va poser ses doigts sur l’épaule d’une femme « avenante ».

Pff… pas pute, pas pute… c’est dingue ça… je peux très bien faire vulgaire moi aussi… j’ai des string et des bas résilles –bon, ok, je ne les met que pour les soirées déguisées, mais c’est vulgaire quand même…c’est réducteur de me traiter de sainte…en même temps, s’il m’avait traitée de pute, ça m’aurait choquée…rah mince, je sais plus ce que je suis, je sais plus ce que je veux être ! Si un Roi mage avait qualifié Marie de vicieuse, aurait-elle été outrée ? Et si moi je ne voulais pas être dans la catégorie « sainte mère de dieu », mais plutôt dans celle des Femmes Fatales ? Mais est-ce qu’on a vraiment le choix et est-ce que, être une femme aujourd’hui, c’est pas justement vouloir être tout à la fois : l’âme sœur, la mère, la pute, la sainte, la muse, l’amante, la nurse et l’ennemie ?

Quand ils ont commencé à ranger les tentes, et qu’« Import-export » a titubé vers son hôtel –le souvenir de son insulte depuis longtemps effacé par l’absinthe-, j’étais encore assise sur ma chaise à me demander si oui ou non c’état cool de faire pute.

Quand les crabes ont fini d’agoniser sur le sable un peu moite et qu’« Import-export » ouvrait une paupière sur la moquette de sa chambre d’hôtel, j’étais encore sur ma chaise à me dire que, peut-être, j’étais passée à côté de quelque chose cette nuit… le mariage de mon meilleur ami ! Chiasse !

Quand je serai grande, je serai bien obligée d’épouser quelqu’un pour, enfin, profiter de la fête. Si j’arrive à trouver un homme qui soit à la fois mon âme sœur, un p’tit con, un gamin timide, un macho, un Pygmalion, un ami, un amant, un esclave et un saint… Alors seulement si je trouve ce mec si imparfait, je retournerai sur la plage de Noirmoutier, ramasser les carapaces vides des crabes, et ce sera un vrai mariage, avec robe blanche et voile de tulle… Je jurerai d’y croire pour l’éternité - une main sur la bible, l’autre sur ma jarretière.

Les confettis de Pili-pili

Chuut… Venez plus près… J’ai une histoire à vous raconter…

Savez-vous tenir votre langue ? Je risque ma peau si ça se sait, et si ça se sait ça sera forcément vous… Alors motus. Je vais mettre une sourdine à mon azertyuiop, forcer mes doigts à chuchoter sur le clavier et de votre côté, lisez en silence. J’ai du croustillant dans mes tiroirs !

Depuis quelque temps, une femme que je connais très bien pour avoir grandi dans son ventre, fréquente un homme que je connais un peu pour avoir mangé trente-six fois des sushi avec lui. Quel intérêt me dira-t-on? Et bien, cet homme, que je nommerai « Pili-pili » afin qu’il ne se reconnaisse pas, se livre à des occupations étranges…  Géo Trouvetout, Boris Vian et son Oncle, les frères Bogdanov, Pili-pili les enterre tous ! Pili-pili est INVENTEUR !

Quoi ? Tout ça pour ça ? Ah ouais, vous pensiez que j’allais balancer du ragot de Stars… Mais Pili-pili est une Star ! Chacune de ses inventions influe de manière plus ou moins importante sur nos petites existences de consommateurs. La carte à confettis par exemple, c’est lui ! Mais siii, vous connaissez, cette espèce de carte d’anniversaire qui vous explose à la gueule quand vous l’ouvrez et vous balance une gerbe de confettis qui, au mieux, rentrent dans vos narines et bouchent vos sinus, au pire, se collent à votre rétine, s’infectent et provoquent la chute définitive de votre œil dans une mare de pastilles multicolores. Et bien tout ça, c’est LUI ! C’est Pili-pili !

Mais la carte à confettis n’est qu’un début, il a inventé bien pire…

Le problème c’est que je risque gros en vous parlant de ses autres inventions… Tant qu’elles ne sont pas brevetées, il faut tenir sa langue ou l’avaler dans sa tombe. Dans ce milieu, les bavards finissent toujours au fond du canal ou sous le Pont des Arts, avec pour seul horizon une capsule de bière qui flotte dans l’écume radioactive. J’aime pas tellement l’écume radioactive, mais la tentation de tout vous dire est grande… Allez, j’me lance ! Il n’oserait pas se venger…

Suite au succès international de la carte à confettis, Pili-pili a inventé le réveil qui ne donne pas l’heure. Non seulement cette petite horloge n’a pas d’aiguilles, mais en plus, elle est ronde comme une boîte à camembert et roule sur elle-même dans tout l’appartement. Bien sûr, il est hors de question de la poser sur la table de nuit, elle ne tiendrait pas, elle rouuule. Mais là où c’est sophistiqué, c’est que pour atteindre un degré « supérieur » de précision, Pili-pili a créé une deuxième petite  boîte à camembert… qui, à l’image de sa grande sœur avec l’heure, N’indique PAS les minutes. Récapitulons : le matin, quand ton réveil n’a, bien évidemment, pas sonné à 8h, que tu te lèves en retard pour aller Sblorfer et que tu cherches malgré tout à avoir une idée de l’heure qu’il est, à défaut d’un réveil en douceur, tu as de grandes chances de shooter dans l’une ou l’autre des horloges roulantes, de perdre un orteil et d’apprendre qu’il est 27, ou 39.

“27 ou 39 de quelle heure ?

Roh, fais pas chier !”

L’éponge double face, vous connaissez ? Pili-pili, lui, a inventé l’éponge double face avec les deux faces sur LA MEME FACE ! Oyez Oyez braves flemmards ! Avis à tous les laveurs de vaisselle trop paresseux pour tourner l’éponge ! Pili-pili a ce qu’il vous faut, l’accessoire ultime, le « must have » des ménagères : Vive l’éponge quadruple face sur deux faces ! (Attention : danger d’accoutumance.)

Dans un registre plus « utile », Pili-pili a inventé l’Eolienne à ressorts… Encore un truc qui gigote et après lequel tu dois courir. Imaginez la Camargue, les rafales qui cinglent ses terres, les moustiques qui copulent dans les courants d’air… maintenant, ajoutez une éolienne qui bondit sur ses ressorts à travers champs en quête de l’endroit idéal pour recueillir les vents qui donneront l’énergie. Dans l’idée, c’est assez révolutionnaire, mais j’ai pas tout à fait compris le fonctionnement du truc… Enfin, le principal, c’est qu’en sautant, l’éolienne assomme une bonne quantité de moustiques et contribue à l’assainissement de la Camargue. Peut-être même qu’un jour on ira. Tout repose sur les épaules de Pili-pili.

Je survolerai les tongues autocollantes anti-marque de bronzages, le scooter aérodynamique où tu n’as plus besoin de poser le pied à l’arrêt, et le convertisseur d’air en eau –devant lequel il passe des heures à guetter la moindre goutte… pour aller de ce pas me réfugier à la cave.

Vous n’entendez rien ? On dirait une respiration… Est-ce les sbires de Pili-pili qui viennent m’éliminer ? Ou tout simplement maman qui monte les escaliers…

Oh non, j’veux pas être la seule punie pour bavardage. C’est pas juste, c’était pour la chronix…

Dites, vous voulez bien me rendre un service ? Afin qu’ils ne m’immergent pas dans les flots radioactifs : parlez-en autour de vous ! Pili-pili ne jetterait quand même pas tous les Sblorfers à la Seine pour une éponge double face… si?