Entre Totoro et Jack l’Éventreur, y’a bien un créneau?

Est-ce qu’on vous a déjà traité d’OVNI ? Moi oui, à peu près cinq fois depuis six mois. Et encore, je ne vous parle que du domaine professionnel; dans le privé j’ai eu droit à bien pire (”romantique”, “Yoyo”, etc).

Il parait que mon second livre est “inclassable”, trop “trash” pour les enfants, trop simple pour les ados. Ça doit être une façon gentille de me dire qu’en travaillant une dizaine d’années à sa réécriture, peut-être qu’il passera le second comité de lecture chez Gallimard ou ailleurs. Mais bon, c’est pas le sujet.

La vraie question, celle qui me turlupine jour et nuit et empêche mes petites cellules de se régénérer dans le sommeil (je ne suis plus de première fraîcheur, faut l’admettre), donc, la vraie question serait plutôt celle-ci : Suis-je vouée à être un OVNI ridé? Où est ma place dans le paysage artistique ? Qui est l’imbécile psychorigide qui a décrété qu’on ne devait rentrer que dans une seule case ? Enfant, ado, adulte, trash, niais, tendre ou poétique : est-ce interdit d’avoir le cul entre deux chaises et d’aimer ça ?

Ça fait plus d’une question, je vous l’accorde, mais l’heure est grave.

Déjà, dans l’utérus de ma mère, j’étais censé être un mec. Un p’tit Pierrot, un gars avec des croûtes aux genoux et un zizi pour pisser loin. Alors forcément, quand on sort et qu’on réalise qu’on est juste une fille aux cheveux noirs comme une chinoise alors que nos deux parents sont blonds comme la Leffe, ça aide pas à trouver sa place.

Plus tard, ça s’est aggravé. Quand on jouait au Docteur avec Arthur et Zoé, c’était moi le psychiatre, quand Rita avait des Barbies, je mâchouillais leurs chaussures et dressais les coccinelles du square en les séquestrant dans des boites d’allumettes. Dans les bus, j’avais le mal de mer, l’école j’adorais ça, surtout les pois chiche - en manteau noir à la plage, à bouffer la neige imbibée de pisse de yak sur les pistes de ski, j’ai même réussi à me trouer la membrane inter-maxillaire avec un touilleur à coca et à me faire virer des urgences, parce qu’ils considéraient que c’était du ressort des Alcooliques Anonymes, alors que j’avais 12 ans.

Avec l’âge, ça s’est enkysté.

En 1998, après avoir lamentablement obtenu mon Baccalauréat malgrè des tentatives désepérées pour le rater et passer une année de plus avec mon prof’ de philo, je m’inscris en psycho à Jussieu.

Après trois mois de manifs contre l’amiante, auxquelles je n’assiste pas à cause de mes propres “manifestations” intérieures (manquerait plus que j’attrape un cancer du double plafond en plus du Bac), les cours commencent enfin. Je me traine jusqu’à l’amphithêatre bondé, plisse les yeux pour mieux entendre ce que dit le prof (c’est dur vu ma miopie) et parviens finalement à saisir quelques phrases :

“Jeunes novices en psychanalyse, espoirs de la France, cette année nous allons étudier l’analyse des rêves…”

Cool, je vais enfin comprendre pourquoi Hitler et Philippe Candeloro hantent mes nuits.

“… Et plus précisément, le symbole des DENTS dans nos rêves!”

Un an à parler de pré-molaires pour en arriver certainement à la conclusion que le rêve est une tissu insaisissable et qu’aucun dentiste onirique n’a jamais soigné d’abscé de l’âme. Un an à dépuceler un seul symbole et c’est même pas le couteau ou le serpent? Tout ça pour m’entendre dire que ma place n’est pas derrière un bureau, mais sur le divan…

Sans hésiter, je fuis les bancs de la fac pour ceux (un peu plus honnéreux) d’une préstigieuse école de dessin Parisienne. On est 90 par ateliers, la parité est “presque” respectée : 80 filles pour 10 garçons. À l’époque j’avais les cheveux rouges et un manteau en poils de bison; ce look “archi-étudié” à dû attirer l’oeil de la punk du cours qui s’avance vers moi en montrant ses potes d’un doigt usé par l’émiettage de Haschisch : “On te trouve cool, si ça t’dit tu peux faire partie de notre groupe. Tous les mardis soirs, on se réuni pour dessiner nos pieds, ça serait top que tu viennes…

-Ouais bah ouais (c’est comme ça qu’on parle punk), peut-être…”

Inutile de dire que je ne l’ai jamais rappelée. Il faut que je connaisse les gens depuis dix ans et qu’on ait mangé des fourmis ensemble pour que je leur montre mes pieds. De toute façon cette école est pourrie. J’ai 4 sur 20 en croquis de nu, parce que la pudeur protestant (je ne suis ni l’un ni l’autre!) m’empêche de mater le modèle. Pire : quand j’emprunte sa gomme mie de pain à une fille, elle le note aussitôt dans son calepin -heure et nom de famille à l’appui-, au cas où je me barrerais avec en hurlant “J’t'ai bien eu ah ah ah !”

Une fois de plus, j’ai pas ma place. Pas assez punk, pas assez Bourge. De toute façon, ce que j’aime moi c’est les dessins qui bougent.

Suivent trois années d’école de cinéma qui m’ont permis de comprendre que je n’étais ni Lelouche ni Kieslowski, ou alors la progéniture stérile de leurs ébats amoureux et ça, c’est moche.

Puis une année d’errances Vietnamienne, Canadienne, Cambodgienne, à chercher un endroit où je me sente chez moi, alors que j’avais déjà un chez moi, mais ne le voyais pas encore.

Et puis Montréal et “Les cendres de maman”. Alors c’était ça? Depuis des années je tournais autour de moi-même sans oser m’avouer que ce que j’aime c’est écrire… Peut-être qu’il y a une petite place pour moi cette fois-ci. Peut-être aussi que je porte la pouasse…

Le jour de la sortie du livre en France, mon éditeur Québecois décède d’une crise cardiaque.

Ce n’est pas seulement un éditeur qui s’en va, c’est aussi le premier à m’avoir dit de “m’assoire là!”, que c’était ici qu’était ma vie.

En y réfléchissant bien, je sais où elle est ma place. Le cul entre deux chaises, OVNI jusqu’au bout des orteils, un peu Sblorf et un peu trash en même temps. Comme vous quoi. Et merde à ceux qui veulent nous mettre dans des cases.

C’était ma chronix démago - ça fait du bien putain !

Le mariage de mon meilleur ami, ou pourquoi j’ai 132 t.shirt rayés dans ma garde-robe et même pas un stérilet.

Dans la série des « Listes », il y a celle des choses qu’on déteste.

Si vous avez commencé cette liste dans les premières années de votre vie, les épinards, les anti-bio à la banane et les rappels DT-polio doivent figurer dessus. Si, au contraire, vous venez de vous y mettre en lisant ce début de chronix (j’ai beaucoup de disciples en « listes » croyez-moi), il ne doit y avoir presque rien, ou peut-être « Je déteste les histoires qui commencent par un Si ».

Puisque je ne sais pas ce qui figure sur la vôtre –et parce que c’est mon temps de parole nananère-, je vais vous raconter ce qu’il y a sur ma liste des choses que je déteste.

En première place : le métal. Et oui… l’argent, l’or, le cuivre, les pièces de monnaie, piercing, trombones, plombages, colliers, bracelets, boucles d’oreilles, gourmettes (hiii !), clefs, fourchettes anciennes, barre du métro, bref ! Tous les métaux tièdes et leurs dérivés dégueulasses qui puent quand on les touche et qui emmagasinent la chaleur du corps ! Berk berk berk ! Mon pire cauchemar ? Devoir porter un stérilet. Rien que d’écrire tout ça, j’ai envie de me laver les mains… Comme disait Nietzsche à son cheval qui souffrait d’avoir un mors dans la bouche : vive le plastic mon bougre ! Ça c’est une matière noble !

En deuz : Frank Sinatra. Je sais, vous l’adorez, je sais, c’est péché de ne pas aimer ce crooner romantico-beau-parleur, mais j’y peux rien, c’est comme avec les stérilets, je fais un rejet total. C’est peut-être depuis que je suis resté bloquée dans un ascenseur dont l’ambiance musicale était assurée par Frankie, ou peut-être parce que je le confonds avec Yves Montand, en tous cas je l’associe à la mort par claustrophobie et il mérite la deuxième place sur la liste des choses que je déteste ! Rien que pour ses costumes à jabot… ah non, ça c’était peut-être Yves Montand…ou Tom Jones sur le cheval de Nietzsche.

En trois : les club-sandwich. Pour Sinatra, je comprendrais que vous ne soyez pas d’accord, mais les club-sandwich quand même ! Est-ce que c’est pas le truc le plus immonde qui court à la surface de la terre ?! (En dehors des gourmettes chaudes…) Avec son pain rassis, sa salade mouillée, sa tomate dont on n’a laissé que le « cul » vert et dur, son œuf dont seul le blanc flasque nage dans une mayonnaise de la guerre de 14 - comme si le jaune n’était pas dans la recette- et le gras du bacon… vraiment, ça me débecte… Fumer dans les restos c’est normal, par contre, on devrait fermer toutes les brasseries qui servent des club-sandwich !

De la quatrième à la quatorzième place, en vrac, il y a les singes (pour des raisons personnelles), les cheveux détachés du crâne, l’odeur des feuilles pourries sur le boulevard Edgar Quinet, les flics, les poules (pour des raisons encore plus personnelles), les mycoses, les zona, la lèpre, l’impétigo, les cystites, etc, etc…

Et enfin -parce que c’est quand même le sujet de ma chronix -, en 15ème place sur la liste des choses que je déteste : Le Shopping !

À mes yeux il n’y a rien de plus frustrant, déprimant, futile, que le lèche vitrine, pas de plus grande perte de temps que cette activité ridicule et pourtant nécessaire, puisqu’on ne peut vivre nu. Déjà qu’en temps normal il faut menacer de me jeter dans une piscine de gourmettes chaudes pour que je parte en quête d’un nouveau pantalon, alors imaginez mon désarroi lorsque Nicotte, ce cher ami qui n’est pas une fille, m’a annoncé son mariage, auquel j’étais invitée, à condition de porter une robe.

“Une robe? Bah j’en ai une qui sert à tout - enterrements, bar mitzvah, mariages du père de mon ex, meeting de Ségolène…

“Ah non ! Ma future femme veut que chacun porte une tenue qu’il n’a JAMAIS portée. Et attention Lola : pas de blanc, pas de tulle, pas de traîne, pas de voile, pas de costume de Chewbaka… j’te connais, tu serais capable de venir en robe de mariée!”

Forcément, avec toutes ces règles, ça devient plus difficile de s’habiller.

Voila pourquoi, tous les maudits samedi depuis deux mois, et même parfois en semaine, bravant mon dégoût du 15ème point de ma liste, j’arpente les magasins dans l’espoir de dénicher cette “tenue non-portée” qui m’ouvrira les portes du mariage de Nico ! Et tous les samedis j’entraîne dans la foule matérialiste, ma mère, pour me conseiller - au risque de la rendre folle à trop tergiverser sur la coupe, la couleur, le prix et les chaussures ! Et tous les samedis je fais chou-blanc, je rentre à la maison triste comme Pretty Woman sans Richard Gere.

Le pire dans cette histoire, c’est qu’à chaque fois ou presque, au lieu de trouver cette foutue robe de mariée, je craque sur un t.shirt à rayures et je l’achète, alors que j’en ai déjà 122 000 dans mes armoires !

………………….

Je crois que je vais finir par y aller en salopette au mariage de Nico.

Mais le problème c’est que pour attacher une salopette, il faut toucher aux deux petits boutons métalliques sur les bretelles, et ça, C’EST DÉGOUTANT !

Pluies

Il pleut il pleut il pleut il pleut il pleut il pleut il pleut il pleut il pleut…………………… Aujourd’hui il pleut.

Les jours de pluie, j’ai toujours envie de pleurer.

Ça monte avec l’humidité, ça inonde mon corps jusqu’à noyer mes yeux, ça mouille mon sourire à tel point que j’en oublie le soleil qui se cache à l’horizon.

Comme si les larmes des cieux trouvaient refuge en moi.

Dans mon arche de Noé, il n’y a pas une bête, girafe et ouistiti sont restés sur la berge, il n’y a qu’un gros trou au milieu de la coque, qui laisse passer la houle et le vent froid du ciel.

Quand il pleut sur Paris c’est la ville la plus moche. Ça donnerait presque envie de partir à Limoges.

Trop d’eau c’est mauvais pour la santé, beaucoup de gens vous le diront. C’est vicieux une ondée, ça joue sa mélodie, ça s’insinue en vous pour glisser bien au fond, jusqu’à remuer la vase, et puis après trop tard pour revenir en arrière, la douleur remonte dans une odeur de terre… À la surface les angoisses ! À la surface les regrets et les faiblesses ! Les souvenirs refoulés affluent sous le regard – mais moi je ne veux pas voir !

Les jours de pluie j’ai envie d’hurler, de me mettre en colère.

Bah quoi, c’est pas joli de se mettre en colère ? Ça fait mauvais genre ? Il faut rester léger, on est à califourchon sur un blog bédé, pas allongés sur les pages de mes carnets de voyages ?

Pourtant ça serait si bon de la laisser sortir, cette colère que je traîne en moi depuis décembre. Enfin me libérer d’elle, la cracher sur le sol dans une flaque de bave, dans une marre de bile, et la piétiner en rythme, les deux poing sur les hanches !

Ah Ah ! Adieu toute la colère ! Adieu la haine des flics, des couples qui s’aiment encore, des gens heureux et des plus malheureux ! Adieu la haine d’un président qui ne sera pas le mien, la haine des amis qui avancent, des amants qui exigent, des cancers qui rongent et qui détruisent autant que toute cette haine !

Adieu toute cette colère contre toutes ces pages blanches, contre toutes ces nuits blanches, contre ces matins pâles !

Adieu cette vieille histoire commencée y a trois ans.

Adieu toutes les petites qui égratignent nos cœurs.

Adieu le vague à l’âme et surtout la paresse.

Je crois qu’il ne pleut plus… ou peut-être qu’il fait nuit… mais c’est dans la nuit noire qu’on voit bien les lumières.

Bastille, le 6 Mai au soir

Voila quelques images de Bastille après le résulat des éléctions. Je ne veux pas faire de démagogie, cracher sur les flics ou encenser ceux qui ont pété des trucs, je veux juste raconter mon impression de cette nuit.

Quand je suis arrivée sur la place avec mon amie Fatma, les gens se dispersaient déjà. Un CRS nous a dit de circuler, que l’accés était interdit. J’ai dit qu’on voulait simplement prendre le métro, alors il nous a laissé passer. On est ressorti de l’autre côté de la place, face à l’Opéra. En dehors que quelques jeunes avec des affiches de Ségolène Royal et d’un trompettiste qui jouait le chant des Maquisards, pas trace d’agitation. Alors c’est tout l’effet que ça fait ? C’est ça la Révolution ?! Perso j’avais les glandes, une grosse boule dans la gorge face à cette petite “réunion”. En 2002, le soir même du premier tour, la Bastille était bourrée à craquer et ce soir trois pelés et deux tondus?

J’en étais là de mes réflexions quand je vois des gens courrir vers moi et je sens un truc m’exploser sur le pied ! Putain Fatma ! C’est quoi?! Pas le temps de me répondre, on se met à courrir avec les autres dans les gaz lacrymo. La dernière fois que j’avais senti ça c’était à Magic Mountain, mais j’peux vous dire que ce soir c’est loin d’être Disney Land ! Les CRS chargent alors qu’on n’a rien fait. Ou alors, certains ont “fait”, mais je n’ai pas vu. Pendant ma course je retrouve Félicien, les yeux écarlates. À ma droite Fatma éternue, d’ailleurs, c’est dingue, ils éternuent tous ! Une horde d’enrhumés… Des dizaines de gens qui courent en se frottant les yeux et en crachant leurs sinus… Je n’avais pas imaginé Mai 68 comme ça !

Quand on a été assez loin sur le faubourg saint Antoine pour ne plus sentir les lacrymo, j’ai regardé mon pied. À cause de la course, le sang s’était étalé et déposé sur ma ballerine blanche. J’ai cru que je m’étais vraiment ouvert tout le pied, mais en fait ce n’était que quelques entailles. Zut, j’aurai pas de blessures de guerre !

 En voyant que les CRS dispersaient tout le monde, on a décidé de rentrer aussi. La soeur de Félicien habitant tout près, on s’est réfugié là-bas pour se préparer à passer cette première nuit sous Sarkozy.

Vers une heure du matin, je bouillonnais de colère et de déception. Alors c’est tout ? Ça va se passer comme ça ? Elle est où ma révolution, LA révolution qu’il aurait dû y avoir ?! On peut pas aller se coucher et un jour dire à nos petits enfants que, la nuit ou l’homme qui voulait abolir les études de lettres anciennes et séparer les familles d’immigrés est devenu président, on a quitté la Bastille avant minuit, comme Cendrillon, sans un bleu. Si rien n’est arrivé, si on n’a pas pu hurler notre tristesse, notre colère, assez fort et ben on va IMAGINER qu’on l’a fait ! On va jouer à la révolution puisqu’en vraie il se passe rien. Au moins ça occupera les heures moroses qui s’annoncent…

Direction salle de bain avec Félicien : “Vas-y, dessine-moi un coquard et scotche-moi une compresse sur l’oeil gauche (celui qui pleure), on va la prendre notre photo de Mai 2007 !”

La Bastille est presque déserte quand je redescends avec mon faux oeil au beurre noir et le pavé que j’ai réussi à voler sous le nez d’un flic. En fait il voulait que je le rende mais je lui ai dit “svouplait! C’est important de se souvenir de ce soir!” et il m’a dit “ok, mais seulement si vous le cachez dans votre sac à main”… y’en a des sympa aussi vous voyez… D’ailleurs il faut toujours écouter la police , je le garderai pendant cinq ans dans mon sac à main mon pavé!

 Donc, je prends la pose face à Félicien et son appareil, coquard au premier plan, Bastoche au second, mais avant que le petit oiseau ne pointe son bec, une voiture de flic balance un violent coup de karsher à la gueule d’un pauvre type qui était tout simplement debout au bord du trottoir, puis se barre en le laissant assommé dans son sillage !! Et moi qui suis là, à jouer la sans-culotte, pendant que quelqu’un s’en prend vraiment plein la gueule… Le plus ironique c’est que c’est vers moi qu’arrive une journaliste, dégainant son micro, suivie d’un ingé-son. “Mademoiselle, s’il vous plait ! Deux mots pour…” Rien à foutre du mec écrasé au milieu de la place, rien à foutre des petite injustices qui se passent sous ses yeux, ce qu’elle veut c’est une nana avec une compresse sur l’oeil et un pavé à la main ! Si elle savait que nous on joue à la guerre, alors que l’homme, là-bas, il célèbre un quinquénnat au karsher !

Bref, on est rentré chez Félicien, on a bu avec ses amis, on a joué aux cartes et refait le monde jusqu’à 8h du matin. À un moment il a bien fallu sortir, retrouver la réalité

Dehors, Paris était sinistre - en tous cas sous mes yeux maquillés en coquard.

Mon père ce sadique, ou le jour où j’ai failli vomir aux pieds de Ségolène.

Monsieur Papa en concert à Bruxelles ? Pourquoi pas. J’en profiterai pour aller voir Cat Power avec ma cousine et tchatcher Beatles et autres Gibson avec les musiciens. Je pourrais visiter Bruxelles, manger des frites et boire de la bière avec Tintin. Bref,super petit planning : la Belgique, c’est pas rock n’roll , mais presque !

Quelle naïveté.

J’aurais dû me douter que dans la « vraie vie » Tintin n’a pas le droit de boire des pots avec les inconnues (le Capitaine Haddock est très jaloux…) ; et que dans la « vraie vie » je m’engueule avec ma cousine tellement souvent qu’on ne se souvient même plus si on est fâchées ou réconcillées quand on se voit alors du coup on s’ignore ; et que dans la « vraie vie » je me tape la honte si je parle Gibson avec les musiciens vu que j’y connais que dalle en guitares puisque mon créneau c’est l’harmonica ou la lèpre ; et que dans la « vraie vie » Monsieur Papa me réserve souvent de drôles de surprises qui font que t’as beau prévoir, tu te retrouves toujours à faire autre chose.

Vous ne comprenez rien ? Ok, je développe.

Je m’étais fait une joie de partir avec les musiciens, de retrouver la vie de bohème, les balances dans les salles vides juste avant le concert, les heures passées à parler arpèges dans un car qui file la gerbe. J’avais hâte de revoir toute l’équipe, de me faire petite souris quand ils racontent leurs souvenirs des années psychédéliques. Faut dire qu’ils sont cool avec moi, parfois ils me laissent même porter leurs guitares -surtout Buccolo à cause de son cancer de l’orteil – et j’ai l’impression d’être Janis Joplin… ou peut-être juste une porteuse de guitare, mais c’est rock n’roll quand même.

Oui, j’avais tout imaginé d’avance et peint une immense fresque dans ma tête… Voilà comment ça s’est passé:

À peine arrivée dans le train, ça ne parlait pas de musique mais de politique. Grosse scission dans l’équipe entre les Pro–Ségo et pro-Sarko. Chacun y va de son argumentaire, « il est facho ! », « non faut pas le diaboliser, il est juste psycho-rigide ! », « elle est moche ! », « mais non c’est ses tailleurs qui la boudinent ! ». En dehors du bassiste qui est anarchiste, Corse et Breton, tous les autres se disputaillaient la victoire.

« Dites les gars, ça vous dirait pas qu’on parle de Brian Setzer, de Lou Reed ou de Johnny Cash ? À votre avis, c’est Yoko Ono qui a tout fait foirer ? Est-ce que le rock n’roll est incompatible avec la vie de couple ? »

Grosso modo, ils s’en foutaient de Yoko Ono. Mais comme je suis obstinnée, je me tourne vers mon père :

« Alors Papou, qu’est-ce qu’on fait cet aprèm ? On mate un docu sur les Doors ? Tu m’apprends à accorder mon harmonica ?
-Ah j’t’ai pas dit ? Cet aprèm, à peine arrivé à Bruxelles, je dois filer à Lille pour parler au meeting de Ségolène…
- Mais… et la musique ? Et les répètes ? Le rock, le swing, la vie de bohème ?!
- C’est pour demain ça. Aujourd’hui je vais à Lille pour faire le maximum avant le second tour et il faut que tu viennes avec moi parce que j’ai peur d’y aller tout seul. »

Bon, ok, la conversation n’est peut-être pas tout à fait fidèle, pourtant l’idée est là : bye bye les frites et Tintin, vive les meetings politiques ! Comment dire non à Monsieur Papa ?

« Ok, je viens, mais c’est juste pour t’accompagner hein, je reste discrète…
-Mais oui, t’inquiète pas… Très discrète… »

Deux heures plus tard, on est dans la loge de Madame Royale et mon père commence à avoir les pétoches. Il était censé enregistrer un message qui serait diffusé avant le meeting, mais elle vient de lui proposer d’aller directement sur scène parler devant 20 000 personnes. Dans mon coin, je me fais toute petite, j’observe l’attitude des gens, j’admire la sérénité de Ségolène. Comment peut-elle être si calme, alors que moi j’ai l’impression que mon cœur va jaillir de ma gorge ! Elle ne transpire même pas une goûte ; le comble : c’est elle qui rassure mon papou qui flippe de monter sur scène devant tant de gens : « Mais Monsieur Papa, c’est votre métier, vous savez parler aux gens… Tout se passera bien ! » Un homme entre, il dit que l’ambiance monte dans la salle, que la foule se plaint des caméras qui bouchent la vue sur la scène. (J’attrape un stylo…)

« Et bien enlevez-les !
-Madame Royal, on ne peut pas les enlever, c’est les médias !
-Les médias ne sont pas prioritaires ! Ces gens se sont déplacés pour nous, ils doivent voir !
-C’est impossible… TF1, France 2…
-Je veux les voir ! Je veux les « sentir » ! Je ne suis pas là pour les caméras. »

La classe Ségolène. Même si c’est un peu utopique d’imaginer un meeting sans retransmission télé.

Bref ! Dix minutes plus tard mon père monte sur scène en tremblant. Il parle de son grand père mineur, il parle de liberté, de valeurs de gauche, il chante même une chanson en Chtimi… et là, il se tourne vers moi, cachée au pied des escaliers et dit : «  Aujourd’hui je suis venu avec ma fille Lolita qui a grandi sous Mitterrand et qui va monter sur scène ! »

………… Tachycardie, syncope, nausée violente qui monte en moi…… je ne peux pas reculer, un mec avec un micro me tend la main pour que je monte sur scène…… J’y vais, je maudis mon père qui me regarde en souriant… je parviens à articuler deux phrases qui parlent des valeurs et des engagements que mes parents m’ont transmis… j’entends vaguement les gens applaudir, je sens mes jambes se transformer en pâte à modeler et je cours hors de la scène avant de vider mes intestins sur le premier rang !

En même temps ça aurait pu être drôle : vomir en Live sur les médias, quel rêve !

À peine descendue de scène, j’avais envie d’y retourner. Je crois que je me suis découvert une vocation : comme il est hors de question de devenir chanteuse, je serai DICTATRICE !

Voilà. Fin bâclée, je vais rater le résultat (malheureusement prévisible) du second tour pour écrire une chronix !

La vie de tournée c’est pas que de la musique, c’est aussi beaucoup de politique.

Hélas, ce dimanche il n’y aura pas de rappel à la fin du show. Les années à venir risquent d’avoir une bien triste mélodie… voire un air de marche militaire.

Dès ce soir je rentre dans l’opposition ! Et être dans l’opposition, c’est rock n’roll aussi !!

Expériences extrêmes et mottes de beurre

C’est toujours quand on est super concentré sur un boulot important que la terre entière se ligue contre vous pour vous empêcher de travailler. Encore mardi dernier par exemple, alors que je triais mes 80 gigas de vidéos de boules à la recherche de ce fameux clip de head-fucking qui m’a rendu célèbre sur youtube, Lolita m’a sauté dessus en me demandant ou j’en étais concernant les mises à jour du blog.

Paraîtrait que j’ai plein de trucs à faire, comme mettre en page les 150 photos de sa dernières soirée à thèmes (un truc avec des nazis qui fouettent des poney vêtus de slips kangourou), changer la maquette, répondre aux mails, trier les photos de fesses du concours photomatons etc…. Puis surtout qu’elle me dit : faut que tu fasse une chronique.

Bon, moi les chroniques c’est pas mon truc. Déjà faut écrire, et ça je sais plus faire, enfin pas avec un stylo en tout cas. En plus faut avoir des trucs à raconter, et ça non plus j’ai pas en stock. A moins de vous parler des 7000 courriers de spam que je reçois par jour, mais ça risque de ne pas vraiment vous passionner à moins d’être administrateur réseau ou revendeur de pompe à pénis suédoise.

Peu réceptive, Lola a balayé d’un cri de bête mes arguments tout en réajustant son string léopard qui débordait pourtant d’à peine de 30 centimètres de son jean taille basse. « T’as bien un truc à raconter que personne aurait jamais fait, une expérience unique, un machin génial » qu’elle me lance.

Damned comme dirait un de mes connards de client anglais (ceux qui se plaignent que je fasse du thé avec ma machine à café). Elle a raison ! J’ai en effet un secret bien gardé et que peu de personnes connaissent : je suis le super héros de la junk food!

Et coté expérience unique, à la limite du tolérable pour tout organisme vivant, j’ai justement une aventure incroyable à vous raconter car j’ai testé pour vous la… chessy crust fun (fear) de pizza hut ! Et en version Spicy Hot One tant qu’à faire (fear encore plus koua)…

Que celui qui n’a jamais cédé à la tentation me jette la première motte de beurre.

Bon déjà pour vous remettre dans le contexte de la chose, c’était le soir du premier tour des élections présidentielle. Une bonne occasion de se suicider à la graisse si il en est. D’ailleurs le livreur avait l’air du même avis que moi sauf que lui avait plutôt choisi l’accident de la route.

Sympa, le gars m’a quand même conseiller de prendre la pizza par en dessous vu que celle-ci avait déjà commencé à dissoudre le carton. Pas de doute, mon repas expérience s’annonçait bien. L’ouverture de la boite magique me l’a immédiatement confirmée : devant moi s’étalait la huitième merveille du monde gastronomique (je vous parlerais des sept autres dans une autres chroniques, à commencer par le mac raclette).

J’aurais du prendre des photos, tant il est difficile de décrire cette pizza. Imaginez un bloc de graisse circulaire, épais de 4 centimètres, contenant en son centre les restes d’une étable entière (à vue d’œil environ 30 vaches, 13 cochons et inexplicablement un morceau de poulet). Tout autour, en guise de croûte, 24 exemplaires d’une sorte de beignet fourré à la mozzarella, le tout baignant dans une bon litre de fromage fondu. Un chef d’œuvre clairement destiné aux aventuriers ayant les moyens de se payer un très bon cardiologue.

Mais la simple contemplation ne peut satisfaire un véritable critique. Je me devais d’y goûter, même si le fumet délicat m’avait à lui tout seul coupé l’appétit pour les 15 prochains jours (ambiance « je viens de participer à un concours de bouffage de hot dog et j’en suis à mon 55em, ça va merci, une bassine svp »).

Dans la bouche, toutes les promesses sont tenues, c’est un véritable océan de sensation qui déferle à la vitesse de la lumière. La subtile combinaison des ingrédients me donne l’impression de mordre directement dans un bloc de beurre fourré au bœuf. Les champignons, (qui d’après mes informateurs sont directement cultivés dans les toilettes des relais autoroutes de toute la France) finissent d’essayer de m’étouffer après le premier passage d’un morceau de poivron qui m’avait déjà largement explosé la gorge. Et bien sur, entre deux bouchées, rien de telle qu’un morceau de ces généreux beignets de mozzarella pour rééquilibrer mon bilan nutritionnel de la soirée.

J’ai quand même réussi à en manger trois parts, ce qui fait de moi un survivant de l’apocalypse, au même titre que les liquidateurs de tchernobyl. La prochaine fois, si mon triple pontage tiens le coup, je vous parlerais peut-être du KFC de château rouge ; ou de physique nucléaire, j’hésite un peu…

La soirée du siècle… mais du quel?

Mon ami Dylan m’a dit :

“Tu as RATÉ la soirée Raclette, celle sur les Années 80 et celle des Dictateurs qui boitent, tu as ÉVINCÉ le thème Couples célèbres du cinéma, celui sur les plus beaux blonds du showbiz, sur les tenues d’adolescents, Punky Brewster et bandana, tu n’es PAS VENUE à mon pique-nique en blanc, mon apéro Java, mon After Professions libérales…. si tu es absente à la Big Teuf Porn Star des Seventies JE TE RAYE DÉFINITIVEMENT DE MA LISTE D’AMIS !!”

Comment refuser une telle invitation? On ne peut quand même pas partir à Miami toutes les trois semaines… Et non, pas d’échappatoire cette fois-ci : je dois assumer et me rendre à la fête de Dylan.

Mais avant ça, il faut trouver une tenue et une amie assez jetée pour avoir envie de se déguiser en star du porno et m’accompagner à Bastille…

Pour le costume c’est facile, Haschisch et Marijuana regorge d’accessoires moches et toc qui font star du porno. La preuve, toutes les gamines de 14 ans ont l’air mille fois plus sexy que mes copines et moi. Faut dire que la mode en 80-90 était légèrement moins “Hot” - Doc Martins, blouson en jean large, fuseau, t. shirt Fido Dido… Miam ! Faut dire aussi, que “sexy” c’est pas notre spécialité, nous c’est plutôt les mimiques rigolotes.

Donc, un p’tit short vert absolument in-assumable, des résilles et un corset chourés à ma mère (D’ailleurs maman, qu’est-c’que tu fais avec ces choses indécentes dans tes placards?! J’vais l’dire à papa… Quoi papa a d’autres chats a fouetter, il a déjà les décolletés de sa femme à surveiller? Pff, tout se perd…), des talons aiguilles rouge verni pour la touche “classe” et me voila prête pour le grand plongeon ! Espérons qu’il n’y aura pas trop de mycoses dans la piscine de la débauche ce soir…

Reste la copine audacieuse. En éliminant Débiche qui vit “chez” son mec, Nicolas, qui vit “chez” sa femme, ma mère qui vit “chez” son chat, Fatma qui fait chef Op’ sur le clip de Clara Morgan jusqu’à tard dans la nuit (véridique) et Manu qui ne me suivra jamais dans une soirée PornStar de peur d’apercevoir mes jambes et d’avoir un haut-le-coeur, il ne me reste aucune copine.

Et pourquoi pas Zoé? Si y’a bien une personne avec qui on peut se taper ce genre de délire, c’est bien son amie d’enfance… Zoé je la connais depuis qu’elle est sortie de l’utérus de sa mère - que je salue au passage. À l’époque j’avais un an et beaucoup d’expérience par rapport à elle. Son crâne était encore tout mou sur le dessus quand le mien se remplissait déjà d’innombrables informations et de mots multicolores. Oui, quand Zoé est arrivée sur terre, moi j’étais déjà passée du stade de têtard à celui de mini-grenouille. Enfin, tout ça c’est des belles phrases pour dire que je mangeais à la cuillère et faisais popo dans un pot quand elle mettait ses premières couches et restait accrochée aux seins de sa mère. Aujourd’hui Zoé est une “super nana” comme disait l’autre, une grande amie, aujourd’hui c’est elle la grenouille et moi le têtard, mais c’est surtout la personne qui déclenche des fous-rires chez moi rien qu’en buvant dans un service à thé ou en levant un bras. Allez comprendre à quoi ça tient !

“Salut Zoé, ça te dirait qu’on dîne ensemble…?
-Cool, ça fait longtemps ! Depuis le concert de Chantal Goya non?
-Oui. Heu… et après je te propose une petite fête sympa, intimiste, toute Peace and Love, tu vois? Mais faut que tu t’habilles en Star du porno des années 70…
-…
-T’inquiète, y’aura presque pas de lumière, plein de champagne gratuit et des masses de beaux gosses ultra diplômés…
-T’es sûre…? C’est pas un de tes plans foireux?
-Mais non ! J’t'assure c’est la soirée du siècle !”

Pour arriver à “la soirée du siècle” on a dû faire Montparnasse-Bastille en scooter, habillées en tapineuses, les guibolles à l’air sans parler du reste. À chaque feux rouge, on flippait comme des malades de se faire agresser, ou PIRE, accoster. C’est dans ces cas là que tu pries pour que ton idiot de scooter ne tombe pas en panne… et que tu réalises que ça sert à rien de prier, vu que Dieu est resté bloqué sur une exta à sa dernière soirée Porn Star en l’an zéro.

Le reste, vous l’avez en photo. Drôle d’ambiance, légèrement tendue. Finalement, être presqu’à poil ça perturbe ! Zoé n’osait même plus demander du feu de peur d’être taxée d’allumeuse et pendant les deux minutes trente où j’ai dansé, je n’ai fait que penser à ma fesse droite qui essayait de se tirer de mon mini-short. Vive les jean trop grand et les basket pourries !

En clair, c’était loin d’être la soirée du siècle, mais de toute façon, si elle existe celle-là, je suis certaine de pas être invitée. Et puis pour l’amité de Dylan, j’irais même à une soirée UMP…

Heureusement, Zoé a levé les bras et ça m’a fait rire.

Cherchez pas, y’a aucun sens caché.

Et puis ça m’a aussi permis de confisquer son corset à ma mère. Non mais !

PORN STAR 70′S, les photos volées…

Intox ou Détox (Part Deuz)

  Après la détox de ma mère, l’intox des politiciens. C’est déjà vachement moins drôle.

  Vous ne trouvez pas que ces présidentielles puent la mort ? Ok, c’est peut-être un peu fort comme expression, mais sérieux, c’est la première fois que c’est autant le bordel. Y’a des gens de droite qui votent extrême droite, des gens d’extrême droite qui votent tout simplement à droite, des gens de gauche qui votent centre-droite, des communistes qui votent Vert, des gauchistes qui votent Sarko, des hommes qui votent Ségo, des gnomes qui votent facho, des femmes qui votent coco et même des royalistes qui votent Arlette ! C’est l’souk ma parole ! On peut plus passer une soirée sans s’engueuler avec ses potes parce que le fourbe les a séduits ou que Royal les a déçus.

  Quoi Miami ? Ah oui, fallait que je vous avoue un truc, ça fait des semaines que ça me ronge : j’ai un secret « contre » vous… Je n’ai jamais mis un orteil en Floride, jamais vue la queue d’un Tiramisu ni d’un orang-outang. En réalité je fuyais un complot politique…enfin, je crois.

  Il y a un mois, au hasard d’un concert paternel, j’ai croisé la route de Dominique Voynet. Pour les assoiffés de ragots : oui elle est sympa et oui elle mange de la viande. Quoi, vous ne vous posiez pas ces questions ? Menteurs.

  Donc, je suis à table avec Madame Voynet et soudain, suspens, elle me présente à son assistant Mickael (très sympa lui aussi, tout le monde est sympa dans cette histoire, sauf moi. Vous allez voir.). Et Mickael de répliquer, un grand sourire aux lèvres –genre je sais des choses que tu ne soupçonnes même pas :

  « Mais je connais déjà Lolita… Je suis son aventure avec Tarrin sur leurs blog. »
Et moi : « Ah… Heu… Hé hé ! »
(Note pour plus tard : toujours préparer un speech de secours quand on sait qu’on va rencontrer des politiciens, surtout s’ils vous parlent de votre vie sentimentalo-sexuelle devant père et mère.)
« D’ailleurs Tarrin a appelé à voter Ségolène… Tu crois que ses 14 000 lecteurs vont l’écouter ? Et pourquoi pas Voynet ?
-Bah je sais pas moi, c’est à lui qu’il faut demander… Nous sur le Sblorf on ne parle pas politique …
-Et toi Lolita, tu comptes voter Voynet ou Ségolène au premier tour ?
-Ha ha, je… le vote utile… pour pas revivre 2002… mais j’aime les arbres quand même hein… et sinon, elle connaît Laurel Dominique… ?»

  Vous imaginez l’angoisse ? Je me suis enfoncée comme ça pendant dix minutes et au bout du compte Mickael de l’équipe Voynet est reparti avec mon numéro de portable pour « parler politique, Ségo/Voynet, vote utile et blog bd ».

  Au début je me suis dit que c’était bien, que ça me donnerait l’occasion de m’impliquer plus en politique, et puis un de mes quelconques amis a eu le malheur de dire : « Parler politique, tu rigoles ! Soit il te drague, soit il vise quelque chose d’autre, mais vu ton brillant argumentaire de tout à l’heure, c’est sûrement pas pour parler politique qu’il a pris ton numéro ! »

  Pour être honnête, cet « ami » c’est mon inconscient parano. Toujours est-il que j’ai commencé à flipper, je me suis fait tout un film, j’ai  imaginé qu’en fait c’était pour récupérer les 14 000 lecteurs du TarrinBlog qu’ils avaient pris mon numéro. Et peut-être même pire : pour récupérer les 12 lecteurs du Sblorf ! Quoi ? Les Verts convoitent les voies de L’Ours, Tartine, Guzza, Anne, Fourmi, Loki, Morgane et Cléof ?! Pas touche à mes ouailles ! 

  Deux jours plus tard, je me voyais déjà enrôlée dans un parti, forcée à assister aux meetings et à prostituer mes lecteurs pour faire grimper les pourcentages. Je me voyais aussi mariée à un politicien parce que j’avais pas osé dire non, ou encore découpée en rondelle dans une forêt parce que… heu… parce-que je suis allée très loin dans l’extrapolation ! Et pourtant je suis écolo. 
 
  Quand Mickael m’a proposé de se voir, j’ai eu peur, et quand j’ai peur je fais n’importe quoi -comme les lapins sous les roues des camions. J’ai rien trouvé de mieux (ni de plus simple) que de lui dire que je partais pour un mariage à Miami !

  Voilà. Si aujourd’hui je me décide à faire tomber ma couverture, c’est par ce que j’en ai marre de la Floride et que je suis revenue à la raison : les Verts c’est loin d’être les plus flippants.

  Finalement, c’est ni des hydrocarbures ni des vilaines toxines dont on doit se méfier, c’est de la pollution politique, des discours langue de bois de ceux qui voudraient nous étouffer sous les promesses hasardeuses et les théories eugénistes.

  La seule personne qui est réellement ressortie plus saine de tout ce tralala politico-diététique c’est mon chat baveux. Pendant la semaine où on me la confié, je l’ai mis au régime sec. Comme ça au moins, il arrêtera de vomir ses poils de torse.

  Sur ce, c’est pas pour vous mettre la pression, mais réfléchissez bien à ce que vous souhaitez avaler comme conneries pour les cinq années à venir. Parce que,vue la dose d’intox dont ils nous gavent, la détoxification va être rude !

  Et bonne chance dimanche prochain. Si ça tourne mal, il nous restera toujours Miami !

Intox ou détox ? (Part One)

 À moins d’être totalement largués ou d’évoluer avec du raifort dans les oreilles, vous ne pouvez pas avoir échappé aux deux sujets chauds du moment : les élections présidentielles et les cures de détoxification par le jeûne.

 Pour être honnête, je n’ai découvert la détoxification qu’il y a une semaine, quand ma mère m’a dit :«Lolita, je te confie notre chat baveux, je pars en cure de détox à Bénodet. »

 Je ne savais même pas que maman était « intoxiquée » ; on m’dit jamais rien, faut toujours que j’devine. On me dit rien et on me surestime : Moi qui suis adepte de l’intoxication en tout genres, moi dont la seule devise est « N’oublies jamais de ne pas te faire trop de bien, ça risquerait de te faire du mal », oui, moi, avec toutes ces tares et ces ambitions destructrices, je suis sensée approuver le séjour de ma mère à Bénodet chez les fous de soja, les Hare Krishna du tofu, et en plus garder le catz ?! Je vous l’affirme, on me surestime.

 De toute façon, me confier un chat, c’est criminel.

 Comment tu te fais détoxificationner ? Et ben c’est très simple : T’achètes des basket moches spécial sport à 55 euros, tu pars à Bénodet, tu passes 8 jours sans avaler un aliment solide, tu marches 17 Km par jour, tu bois 15  litres d’eau, de bouillon, et même d’eau avec un zeste de bouillon, tu assistes à 32 réunion sur la philosophie du concombre et son influence sur les micro-amibes de ton pancréas et si t’as bien fait comme on t’a dit, tu rentres dans tes pénates métamorphosé. Pourquoi ? Parce ce que 55 fois 8, plus 17, moins 15, divisé par 32, égale 13,81 : c’est exactement le nombre de kilos que t’as perdu avec toutes ces âneries !

 Il paraît que dès le troisième jour tu commences à planer et que tu peux accueillir Bouddha dans ton chakra… Perso, j’ai déjà eu affaire à Bouddha, je préfère les Chicken Mc Nuggets. Pour ma mère non plus, je ne vois pas trop l’intérêt, vu qu’elle est svelte comme une sauterelle - mais il faut que jeunesse se passe comme on dit.

Madame S. et son poireau Freudien

Il y a quatre ans, dans le métro, je suis restée fascinée par le poireau velu qui ornait le nez d’une femme assez jolie par ailleurs.

À ce stade du récit, vous vous dites que je vais encore vous parler de choses futiles, comme les biches ou les organes de Déborah. Et pourtant, il en va de mon avenir psychique.

Cette femme donc –cheveux bruns structurés en trapèze autour du visage- dégageait une « aura » si étrange que je n’ai pas pu m’empêcher de lui prêter des moeurs perverses. Je la visualisais maîtresse sado-maso, fouet à la main, jouant à soumettre ses amants joufflus. Je les voyais, eux, les amants, focaliser leurs désirs sur ce poireau saugrenu posé à la frontière du front et du nez tel un bindi Indien, là où les idées naissent et les rhumes aussi.

Je ne sais pas si elle m’a vue l’observer avec des yeux de merlans frits, mais si c’est le cas, elle faisait hyper bien celle qui ne voit pas. Elle est descendue à Maubert Mutualité et moi j’ai reporté mon attention sur un petit garçon qui se curait le nez.
Moins « hot », c’est sûr.

Un an plus tard, pour soulager mon mec, je me décide enfin à franchir le pas, à me jeter à l’eau, à plonger dans le ravin en mouillant mon bermuda : je prends rendez-vous chez une psy !

Le jour du premier rendez-vous, je suis fébrile comme un bébé phoque. Et si ma psy ne m’aimait pas ? Pire, si elle me détestait et refusait de s’occuper de mon cas ? Impossible…

Devant sa porte, des dizaines de phrases d’introduction me trottent dans la tête : « Bonjour, je viens vous voir parce que je suis certaine d’être en train de mourir mais personne me croit. », « Si je suis devant vous aujourd’hui, c’est parce que les gens qui m’entourent devraient tous aller voir un psy, alors que moi je suis très saine. », « J’ai une amie, qui a une amie, qui connaît une fille, qui a un gros Œdipe à régler et même que cette fille, elle n’arrive à écrire qu’à l’étranger et quand elle est sûre que personne la lit… C’est grave docteur ? »

Bref, je sonne à la porte du subconscient -prête à dégainer mon spitch à Madame S. -et là ! Surprise totale : ma psy est en réalité la femme au poireau velu du métro !  Ma psy est une maîtresse femme : l’angoisse ! Ça commence très mal si j’angoisse dès le seuil de sa porte. Une thérapie c’est pas sensé vous désangoisser normalement ?

Tout ce que je trouve à dire c’est :
« Heu… Encore vous… ? »
Alors forcément, elle répond :
« C’est-à-dire ? »

Gloups. Mauvais départ. Madame S. me déteste déjà parce que je l’ai percée à jour. Si seulement je pouvais arrêter de fixer son poireau, tout irait mieux. Mais c’est impossible, ce truc est comme un panneau de signalisation indiquant « FOCALISE ! FOCALISE FORT ! », comme un ongle à moitié arraché qui réclame qu’on l’achève !

Bon, finalement j’ai quand même réussi à rentrer. J’ai contourné son poireau et me suis affalée sur le canapé.  

Je ne sais pas si vous êtes déjà allé voir un psy, mais je peux vous dire que c’est très perturbant. Par exemple, vous êtes en train de lui raconter une anecdote honteuse sur votre famille, vous brodez un peu, histoire de rendre tout ça intéressant, et après tout le mal que vous vous donnez pour ne pas être ennuyeuse, Madame S. ne note rien dans son cahier. Pas une ligne, pas un mot, RIEN ! Vous n’êtes pas assez complexe pour que madame la thérapeute l’inscrive noir sur blanc dans ses archives. Et le pire c’est quand elle daigne enfin prendre des notes, par contraste avec l’ignorance précédente, ça devient trrrès inquiétant. Vous vous dites que c’est hyper grave pour que ça mérite d’être écrit dans LE cahier bleu à spirales. Le plus souvent, c’est sur une phrase banale que la psy se réveille, genre « J’ai la phobie du métal, je ne peux pas toucher les clefs » ou « J’aurais voulu un plus gros cadeau à noël mais je n’ai eu qu’une bd. Personne ne m’aime… »

Bref ! Qu’elle note ou qu’elle note pas, la psy est effrayante ! J’avais pris l’habitude de lui dire « Notez ça, c’est pas mal » ; j’essayais même de la piéger en lui reparlant de nos premières séances, pour être sûre qu’elle suive.

Et un jour, elle m’a rejetée.
J’étais en train de lui parler de mon cancer de l’oeil quand elle m’a annoncé qu’elle prenait sa retraite et qu’il était temps que je vole de mes propres ailes.

« Je ne m’inquiète pas pour vous Lolita, vous trouverez un moyen de transcender votre mal-être dans l’écriture… »
- Quoi ? J’ai un mal-être ?! Et c’est seulement maintenant qu’vous le dites ! Me laissez pas madame, j’peux plus écrire, j’vis à Paris !
-Si si, il le faut… Effacez mon numéro de votre portable et tout ira bien. »

En lui disant au revoir, j’ai failli pleurer, mais il paraît que c’est normal –encore une histoire de fusion.

Depuis, Madame S. et son poireau ont quitté la France. C’est dommage, je l’aimais bien moi son poireau, il m’aidait à me concentrer sur les choses tristes de ma vie… Adios Amigo…

Parfois je me demande si c’est pas de ma faute, si j’ai fait peur à ma psy avec mes histoires de dentiste… Le problème, c’est que maintenant je dois en trouver un autre.

Cette fois-ci c’est décidé, ce sera un homme, et un beau de préférence. Pour faciliter le transfert. Quoi ? Le psy doit faire un contre-transfert sur moi ? L’horreur ! Et si je n’étais pas digne du transfert de mon psy ?!

Pfff… Vive les astrologues, au moins on risque pas de décevoir Jupiter… Tiens, ça doit être cool de fusionner avec Mercure.

C’est qui la chouchoutte du Marabout ?

  Dans la vie, il faut ordonner les choses, sinon ça fait bordel. C’est pour ça que je classe tout du plus petit au plus grand. Mes chaussettes, mes tampons, mes amis.

  Les deux premières catégories sont assez facilement « classables », mais les amis c’est une autre histoire. Y’en a qui sont tellement petits, au sens propre du terme, qu’ils sont dès le début, hors classement. Par exemple, Mia, le nouveau bébé de Sharon et Siegfried. Elle a un mois et ne sait même pas encore reconnaître un sein d’un biberon, alors forcément elle n’est pas dans la compétition. Plus tard, je lui fais confiance pour différencier une Kro d’une Killkenny, mais pour l’instant, nada. C’est comme mon frangin, neuf mois et pas encore diplômé de Sience-po, comment vous voulez atteindre le Top Five avec un tel dossier ? Je pourrais créer une catégorie « enfants », mais ça risque de causer des problèmes si je dis lequel est mon préféré. Parce que soi-disant y’a jamais de favoritisme avec les bambins, l’amour est différent et toujours aussi fort… Pfff ! Mon œil ouais, y’a des chouchou partout et en famille, c’est pire !
  Donc, Malone et Mia, hors circuit. Restent tous les autres.

  Voilà où je veux en venir : comment classer les autres ? C’est dur de les départager. Certains ont un peu d’avance parce qu’on a mangé des fourmis ensemble quand on avait 3 ans, certains sont tellement drôles qu’ils mériteraient de remplacer Jamel au Jamel Comédy Club (sauf qu’il faudrait changer le nom et là ça devient compliqué), certains sont fidèles, d’autres moins et c’est pas plus mal (clin d’œil lubrique), certains sont inclassables parce qu’on a « fait » le Vietnam ensemble et d’autres sont tout simplement super-tip-top pour des raisons qui m’échappent.

  Bref, les listes c’est mieux pour les courses que pour les amis et de toute façon, si je suis pas la première de leur classement, à quoi bon les mettre dans le mien !

  C’est ici que commence ma Chronix : Mon meilleur ami Manu est rentré de République Dominicaine il y a deux semaines et il a ramené dans ses valises une malédiction Vaudou. Apparemment, le Vaudou c’est comme les jumeaux, ça saute une génération. Manu s’en est sorti –il s’est même transformé en sur-homme- et tout est retombé sur moi. Déjà que j’étais une mini-femme, j’vous raconte pas. Bientôt j’atteindrai le rang de moustique (cf. anciens délires Camarguais).

  Comment ça se reconnaît une malédiction Vaudou ? Facile : tout ce que vous faites se retourne contre vous. Exemple : pour la première fois depuis vingt ans, je décide d’acheter une robe. Elle est toute jolie, en fausse-soie ultra douce et glissante. Disons que dedans j’ai un peu l’air d’une femme enceinte, mais c’est pas grave, ça me donne du charisme et accentue mon mystère -« Wouah, elle a un être qui grandi en elle, c’est comme Alien 1 mais en mieux ! ». Tout ça dans une robe, oui. Et bien voilà, je vais au Panini-Shop avec L’Ours, Siegfried et Manox et là, ma vie bascule : la chaise de Manu s’agrippe à ma robe et la mord violemment, la filant à jamais, déposant une balafre sur sa peau satinée ! J’aurais mieux fait de m’en tenir à mon vieux jean pourri. Résultat, mon mystère s’est noyé dans les odeurs de panini trois fromages et mon charisme idem.

  Deuxième preuve de malédiction Vaudou : mon scooter est tombé en panne TROIS fois cette semaine ! Faut-il ajouter quelque chose ?  Oui, je le hais et il me le rend bien.

  Troisièmement : Y’a une invasion de fourmis chez moi. Si ça c’est pas un coup du Vaudou ! La fourmi, c’est comme les poulets égorgés ou les têtes de bouc sanglantes - ça présage de mauvais présages… Si ça se trouve, elles se vengent de mes festins enfantins… Mais c’est pas de ma faute si elles avaient l’air appétissantes dans le bac à sable du square Scipion !

  Heu… quoi d’autre ? Au salon du livre j’ai failli me battre avec une blonde. Un corbeau du cimetière Montparnasse m’a fienté sur la tête avant-hier. Mon frigo ne se remplit pas tout seul. Je crois que je couve une péritonite carabinée. L’autre jour il a plu et j’étais dessous… Mais qu’est-c’que j’ai fait au bon Dieu, à part ne pas croire en lui, pour qu’il s’acharne sur moi de cette manière infâme ?!

  Vous voyez, la terre et les cieux m’en veulent.

  Ou alors j’suis parano… Naaaan, c’est trop flagrant que ça ressemble à du Vaudou ! Mais maintenant faut que ça tourne : Allez ! au suivant ! Il est temps que je me transforme en sur-femme.

  Ah, j’oubliais la malédiction des jumeaux… Espérons qu’elle tombe pas sur moi celle-là, parce que je sais pas comment je ferai pour décider de mon chouchou !

“Le petit Boulet est demandé au stand du Québec”

Réveil difficile. Une symphonie de tronçonneuses joue du xylophone sur mes neurones. J’ai les paupières lourdes comme les seins de Lara Croft et des courbatures qui font vachement mal dans le genou droit. Deux solutions : soit, hier, j’ai fait du sport - mais avec mon genou droit uniquement-, soit j’ai choppé un streptocoque infectieux au salon du livre. J’opte pour le streptocoque vu que le sport, c’est pas crédible.

Donc, avant de crever des suites dramatiques de mon amputation du genou, permettez que je vous raconte ma soirée d’hier…

Un jour avant l’inauguration du salon du livre, je n’avais aucune nouvelle de ma maison d’édition Québécoise. J’imagine qu’ils se sont dit que les inaugurations c’était pas mon truc – ils n’ont pas tort- mais ce qu’ils ne savaient pas c’est qu’à cette inauguration-là, se trouvait Boulet. Et oui, LE Boulet des balades en nuage, celui des petits animaux qui crient en montrant leurs glottes, celui des dinosaures de compagnie, des chats explosés, Boulet, l’homme dont on ne sait rien à part son goût pour les Kebabs, bref ! L’Homme Roux était au salon : impossible de rater ça !

Surtout qu’on était plus ou moins sensés s’affronter à la baston à cause du montage de Siegfried et Fabrice Tarrin me représentant en train de lui rouler sur la tête. Cette histoire partait sur de bonnes bases.

Mais comment faire pour aller à cette foutue inauguration sans invite ?
C’est ici qu’entre en jeu mon ami Dabrovitch-from-Miami. Quand il ne se marie pas avec une vieille en Floride, Dabro est avocat à la cour avec collerette en hermine, producteur de musique et surtout, directeur de collection au Rocher. (Qui a dit qu’il était hyperactif ?) Comme il a le cœur sur la main –et qu’il redoute les salamalecs du salon du livre – il m’invite à l’accompagner. Attention petit Homme Roux ! J’arrive !

Arrivée au stand du Rocher, je m’éclipse pour laisser Dabro faire son travail. Malheureusement, mon éclipse me porte vers le buffet où une ribambelle de coupes de champagne me fait de l’œil. Qui refuserait du champagne gratuit ? Je me sens rebelle ce soir : rentrée en fraude dans le salon du livre pour piller les caves des plus grandes maisons d’édition –la classe !

Donc, je bois.
Et je rebois.

Une heure passe. Au stand du Québec, il n’y a personne. J’arpente les allées au bras de Dabro. Le stand du Québec se dédouble sous mes yeux. Nos zigzagues nous poussent de buffets en buffets et à chaque personne qu’on croise on demande si elle n’a pas vu Boulet. Mais personne ne l’a vu et moi je bois. Hic.

Au moment où je me décourage, on tombe sur ma cousine Aliénor. Cette fille est une boule de talent, une vraie originale. Pour ne raconter qu’une anecdote, quand on était petites elle organisait des concours de cornichons : c’était à celle qui garderait son cornichon le plus longtemps dans la bouche… Évidemment elle gagnait toujours, parce qu’au bout de 4 heures nos lèvres devenaient violettes à cause du vinaigre et que je crachais mon cornich’ tout ramolo, par peur de chopper une sclérose des papilles ou la lèpre. (Bon, ok, c’est pas un super exemple pour dire qu’elle a du talent, mais croyez-moi, elle assure).

Ce soir Aliénor est avec son ami Jean-Pierre qui ressemble à George Moustaki.

« Qu’est c’que vous faites ?
-On cherche Boulet…
-C’est qui Boulet ?
-Boulet c’est l’Homme Roux, je dois le voir pour une baston. Vous voulez venir ? »

Jean-Pierre non plus ne connaît pas Boulet, je crois même qu’il n’a jamais entendu parler de blog, mais comme on est tous totalement pompettes, la quête semble alléchante.

Et c’est reparti ! Quatre zigotos à la recherche d’un garçon dont personne ne connaît réellement le visage ! Je crois qu’on a dû arrêter tous les roux du salon pour leur demander s’ils étaient Boulet. Évidemment, ils comprenaient « bourré » et tiraient une tête de six pied de long. Sur certains stands, on nous a envoyé valser en nous disant « faut vraiment être bourré pour le chercher ! », Aliénor a failli se battre avec un mec qui n’appréciait pas qu’on le traite de boulet, Jean-Pierre suivait, mort de rire, Dabro remplissait nos verres et moi j’envisageais de lancer un appel au micro « Le petit Boulet est demandé à l’accueil par sa maman… »

1h 57 plus tard, ivre morte près du stand de Dargaud, je me fige au milieu de mon groupe : c’est lui ! Là ! Entouré de nanas un peu punk ! Il me regarde, il me reconnaît, il n’est même pas éméché. Ça fait trois heures que je le cherche, à cause de lui j’ai bu tout le champagne du salon et il ne semble même pas surpris de me voir. Quel culot ! On se fait la bise, je lui présente mon groupe et là, trou noir………..

Je n’ai aucune idée de ce que j’ai pu lui raconter. Tout ce que je sais c’est qu’on l’a trimballé avec nous jusqu’au stand du Québec pour lui montrer qu’il n’y avait personne et qu’on s’est dit au revoir très sympathiquement. « Rendez-vous devant une bière la semaine prochaine ? » S’te plait, me parle pas d’alcool…

Tout ça pour dire quoi ? Pour dire que chercher Boulet est dangereux pour la santé. Cette quête peut tout ravager sur son passage, elle peut transformer quatre innocentes personnes en monstres névropathes et alcooliques.

On a fini au vin rouge dans un bar-tabac du 14ème.
Aliénor a imité Véronique Samson avec beaucoup de talent (j’vous l’ai dit), la lèvre de Dabro s’est mise à gonfler et Jean-Pierre s’est révélé être « inspecteur général de la création et des enseignements artistiques ». Encore un devant qui je me suis affichée.

De mon côté, je ne comprends toujours pas pourquoi j’ai mal au genou…

Peut-être que cette baston a bien eu lieu et que Boulet m’a pété la rotule ? Pff, je suis épuisée d’avance à l’idée de le chercher pour me venger !


Si Bambi savait ça !

Oyez oyez citoyens zé citoyennes ! Il se passe quelque chose de grave dans nos forêts ! Pendant que nous dormons, pendant que nous baffrons et que nous blablatons, une nouvelle injustice grandit dans les sous-bois ombragés !

De quoi elle parle la scribouillarde en-troubadourée ? Mais des biches voyons ! Des BICHES ! Ne me dites pas que vous n’avez jamais étudié le problème… Non ? Alors voilà, étudions-le.

Qui peut me citer le plus grand nombre d’animaux à cornes faisant partie de la famille des cervidés ? Il y a le daim, oui, le chevreuil, l’orignal, l’élan, c’est c’la oui, le renne, le daguet, le poudou  et bien sûr le cerf. C’est beau n’est-ce pas, tous ces noms différents pour désigner des p’tites bêtes qui se ressemblent plus ou moins et surtout plus que moins. C’est respectueux, précis, détaillé, ré-per-to-rié. Et encore, je vous l’ai faite courte, j’aurais pu spécifier qu’il y a le cerf Andin, le cerf de Virginie, le cerf d’eau chinoise, le cerf mulet, le cerf des Pampas, le Daguet rouge, le nain, le brun…Bref ! Les cervidés ont envahi la terre !

Et comment s’appelle la femme de tout ce gibier ? Celle sur qui repose la survie de l’espèce ? Comment s’appelle cette dévouée donzelle cousine de la gazelle… ?
La biche.
Ouaip, tout simplement - la Biche. (J’adore dire ça). Alors que ces mâles ont droit à une pléthore de surnoms, leur jolie femelle restera pour toujours et à jamais une simple Biche. Attention les enfants, bouchez-vous les oreilles : c’est la mère de Bambi qui s’tape toute la forêt !

Pouvons-nous en conclure que le mot « Bitch » en anglais vient de nos Biches Françaises ? Parce qu’elle copule avec tous les mecs de Fontainebleau, des montagnes Andalouses et des plaines de Mongolie, la biche est-elle forcément un peu bitch ? Pas sympa pour elle. N’empêche, on dit quand même « Son of a biche »…

Poussons la théorie : Quand un beau ténébreux nous dit qu’on a des yeux de biche, est-ce qu’il nous traite de pute ? Faut-il se vexer et lui dire d’arrêter de nous suivre dans la rue – être persécutée c’est toujours agréable, mais si on commence à se faire traiter de biche ça va plus du tout. Dans ces cas-là, est-ce qu’il faut s’énerver contre lui et crier à sa face comme un rapper sur son producteur :« Lâche-moi lourdaud ! Ta mère la cervidé ! »

Je comprends mieux pourquoi on dit d’un mec trompé qu’il a des cornes. Si la biche l’a fait cocu, je ne vois pas ce qu’il pourrait avoir d’autre.

Bon, je sais, ce sujet de chronix est vraiment sans intérêt, et pourtant il me passionne. J’ai passé des nuits blanches à réfléchir à cette histoire de biche avec mon coloc Québécois.

Et puis si vous avez besoin d’une note sérieuse avant qu’on se quitte, pas de problème : L’égalité des sexes ne sera effective que lorsqu’il y aura autant de déclinaisons de « biche » qu’il y a de cerfs, de daguets et de chevreuils dans les feuillages. Une femelle pour toute la horde, bouark, on se croirait en politique !

Miami comme si j’y étais.

Alors voila les p’tits loups, j’ai fuis, heu… j’ai filé à Miami pour le mariage d’un pote qui se marie. Logique.

Quelle idée de se marier me direz-vous? Bah oui, quelle idée! Surtout à Miami et avec une vieille dame quasi ménopausée. Sa future femme a la cinquantaine et lui la trentaine… Quelle débauche ! Mais bon, s’ils s’aiment ? Oui, « s’ils s’aiment » et si les chaussettes de l’archi-duchesse nanananananère. Hum. Laissons les courir comme des poneys sauvages en liberté sur la plage baignée par les rayons du soleil couchant qui descend en Slow Motion sur les nappes de pétrole flottant à la surface de l’océan ! Oui, laissons-les courir… C’est pas le refrain d’une chanson de Jo Dassin ça ?

Le côté positif c’est qu’ils culpabilisent tellement de nous faire venir en Floride qu’ils nous payent à tous le billet. Généreux, hein? Pas comme Nico qui va épouser Clémence en juin à Noirmoutier et qui n’offre même pas le gîte et le couvert et le billet de train et la carte 12/25 et la robe neuve et les talons aiguille. Rien. Nada. À peine le champagne et une fiesta d’enfer pendant deux jours… Quel rat ce Nico ! Et c’est pas Débiche qui me contredira.

Donc, Dabrovitch se marie avec Fourmi-ridée (nous l’appellerons ainsi pour préserver son intimité) et il paye le billet à ses amis. Heureusement, il n’a pas beaucoup d’amis. Il a moi. Les autres le rejettent à cause de son « infirmité » : après chaque repas ses lèvres se mettent à gonfler dangereusement ; d’abord celle du haut, puis celle du bas. L’humanité est cruelle n’est-ce pas ? Repousser quelqu’un pour un détail physique insignifiant… Bon d’accord, quand ça commence à gonfler c’est carrément angoissant, mais après ça s’équilibre et on dirait juste qu’il s’est injecté du Botox dans l’appendice buccale. Ou qu’il s’est transformé en femme-plateau.
 
Pour tout dire, à son mariage je ferai office d’amie, de témoin, de marraine de leurs futurs enfants (dépêchez-vous, la génétique a ses limites), d’unique conseillère et surtout de détentrice de secrets ultra confidentiels. Pourquoi ce traitement de faveur ? Et bien, parce que c’est moi qui les ai présentés. Évidemment, j’ai caché le détail de la lèvre qui gonfle à Fourmi-ridée -manquerait plus qu’elle le plante devant l’autel. Il était grand temps que Dabro sorte avec quelqu’un de majeur et Fourmi-ridée – malgré ses problèmes d’incontinence- lui apporte stabilité et mesure.

Voilà pourquoi je me trouve à Miami, pays des deux flics, des vieux fachos, des palmiers et des Orangs-outangs –des OURAGANS, j’arrive jamais du premier coup !

Comme il voulait faire les choses en grand, notre tourtereau a mis le paquet : buffet froid avec sushi décongelés-recongelés, sosie d’Elvis en guise de Juckebox (son épouse en est fan et lui est fan de son épouse) et après la cérémonie, soirée porte ouverte à toutes les maisons de retraites du coin –parce qu’il faut bien s’intégrer.

Je sens que ça va swinguer !

Espérons que Fourmi-ridée ne s’aperçoive pas du guet-apens avant de dire « I do » - j’aimerais pas être venu jusqu’ici pour que dalle. Il va falloir empêcher Dabrovitch de goûter aux petits-fours pour que sa lèvre se tienne tranquille…

Pfff, être témoin c’est quand même vachement de responsabilités !

Manquerait plus que Miami soit ravagée par un orang-outang…