Lolita

L’homme allongé sur ma cigarette

Est-ce que les hommes rêvent autant que les filles ? Est-ce qu’ils souhaitent de toutes leurs tripes, comme nous -petites curieuses fouineuses-, connaître nos secrets et nos délires, savoir ce qu’il se dit quand les femmes sont entre-elles, lors de leurs fameux déjeuners entre copines ?

 

 Et si un homme, pioché au hasard, pouvait nous suivre pendant toute une journée et entendre, non-censurées, nos conversations intimes ? Est-ce qu’il s’en remettrait ? 

 

Alors voila, je prends un mec, un p’tit poilu avec la mâchoire carrée ou un grand maigrichon plein de taches de rousseurs. Je le pose dans ma paume et j’appuie sur ma télécommande magique : Pomme moins ! Pomme moins ! Pomme moins !  Il a la taille parfaite pour rentrer dans mon paquet de clopes. Bien au chaud dans mon sac, entre mon carnet à dessins, mon carnet de chronix et celui pour les listes ; entre ma trousse à maquillage, ma carte d’électeur et les p’tits chocolats piqués dans un café près de Châtelet ; calé contre un manga, écrasé sous une trousse à outils de poche au cas où et pressé contre un tampax au cas où aussi, bref! le Petit Homme est là, dans le paquet de cigarettes, dans le sac, à mon épaule, sur mon scooter, à 7O, en direction de chez Fatma. Il est treize heures, aujourd’hui c’est déjeuner entre filles.

 

Salut Fatma, ça fait longtemps, bah ouais au moins un mois, faut bien bosser hein, ah ah c’est ça ! Alors on commence par quoi? Déjeuner Vietnamien, poulet sauce aigre-douce, première clope et première bière de la journée. Je m’allonge sur des coussins et commence à raconter mes rêves. Tu crois que c’est normal de rêver de mon grand-père mort qui me passe des coups de fil pour me dire d’arroser mes plantes, pendant que moi je suis enceinte de douze mois d’un bébé koala ? Ça symbolise quoi les koalas dans les rêves? Un truc très grave sûrement… Bah ouais, sûrement. Fatma est préoccupée. Tu vois, on peut pas dire que je sois une fille sympathique… Mais si t’es sympathique, c’est quoi ce délire! Nan, je suis sociable et je connais deux-trois trucs sur deux-trois sujets, mais ça me rend pas sympathique. Tu rigoles! T’es ultra sympatoche ! T’es déséquilibrée, t’es cynique, tu dragues, tu sais faire la danse du ventre, je te trouve méga-sympathique moi. On sonne à la porte, Déborah arrive avec du vin. Hello! Hello. Y’a Fatma qui trouve qu’elle est antipathique. N’importe quoi, tu sais faire la danse du ventre!  Qui veut des Dim Sum? Troisième clope, deuxième bière, Déborah se plaint de n’être jamais contente. Tu vois, quand j’avais pas de boulot, je stressais pour les tunes, maintenant que j’en ai, je stresse de pas y arriver ! C’est comme avec les mecs, quand t’en a pas tu flippes de redevenir vierge et quand t’en as, t’as peur de tout faire foirer avec tes névroses. On est jamais heureuses en fait ! J’avale un beignet de crevettes : Faut s’y faire, on aime l’angoisse, ça nous remplie. Le bonheur et l’harmonie ça pèse rien. Débo rajuste ses lunettes. Et le Sida? Vous pensez au Sida?!  Encore un coup de bol pour nos parents ça. Eux ils avaient la pilule, la libération de la femme, la baise à tout vent et même pas de Sida, alors que nous on a cette angoisse là, un président abruti et un taux de chômage ahurissant ! J’acquiesce. C’est comme mon mec par exemple, l’autre jour il enlève des capotes de sa trousse de toilettes et me dit qu’il les laisse là parce qu’il n’en aura pas besoin en tournée. Je lui dis, mais si, vas-y prends-les, si tu me trompes je préfère que tu te protèges au moins. Et il me dit, les yeux dans les yeux, NON, je n’en aurait pas besoin. Est-ce que je suis parano ou prévoyante? Est-ce qu’il est adorable ou inconscient? Hein, Débo, c’est mignon en même temps ce qu’il me dit? Mouais… il ira en acheter. Troisième bière et petit dessert marocain. Rita arrive, en retard, comme d’habitude. Hello! Hello. Qu’est-ce que tu penses de Fatma, elle est sympathique ou pas? Bah ouais elle est sympathique, t’as vu ses bottes Vintage. Rita s’assoit sur le canapé et sirote son thé à la menthe. Cette semaine je suis tombée dans le fossé avec ma bagnole. Quoi?! J’étais en repérages pour un film, je devais trouver une prison des années 70, j’ai mal écouté mon GPS du coup je suis tombée dans le ravin. J’ai dû rameuter tous les hommes du villages pour me tirer de là, parce que j’osais pas appeler la prod’ et leur dire la vérité. C’est terrible ce GPS, à force de l’entendre toute la journée, j’en rêve la nuit, je reconnais sa voix partout où je vais, je ne vis que pour elle, je n’écoute qu’elle. T’as trouvé un nouveau gourou quoi. C’est mieux qu’un koala, te plaint pas. Et y a de nombreux fidèles. Fatma se lève en trombes. Putain déjà cinq heures ! J’avais oublié mon rendez-vous chez la psy! Rohh la chance !!  Emmène-nous avec toi steuplé ! La mienne elle a démissionné pour me fuir. Ah non ! Alors parle de nous au moins, que ça serve à quelque chose ! Fatma est partie. Je croque dans un pignon. J’ai pas hâte d’avoir un dentier moi. Et une poche à pipi non plus. Vous arrivez à faire parler vos mecs vous? Tu rigoles? Impossible. L’autre jour j’avais envie qu’on délire ensemble sur des projets d’avenir un peu fous. Je lui dis, vas-y, imagines un truc de dingue, fais moi rêver. Et qu’est-ce qu’il me sort? Il me sort qu’on aura une voiture volante !! C’est tout pourri comme rêve! Moi je voulais du mariage, des enfants, des maisons de vacances avec nos potes, des apéros entre grands pendant que les gamins jouent à se noyer dans la piscine ! Une voiture volante et puis quoi encore?! Les hommes n’ont pas d’imagination. Le silence retombe. Vous trouvez pas qu’on aurait été les meilleurs dans Loft Story? Je suis sûre qu’on aurait gagné, on a quand même une personnalité, heu… sympathique? On l’exhibe souvent dans les soirées d’ailleurs, vu qu’on a rien d’autre à exhiber. Deuxième bouteille de vin, Fatma rentre de chez sa psy. On s’est a moitié endormies sur le tapis, gavées comme des petits cochons de thé, de bière et de pignons. Elle m’a remonté le moral les filles, c’était génial ! Bah, et nous, on compte pas? Non, je vous paye pas 70 euros les 45 minutes. Ah c’est sûr que ça marche mieux quand on paye…  Si on dînait? J’ai des pâtes au pistou et un peu de jambon. À propos de mecs… On parlait pas de ça. Nan mais bon, revenons-y. J’ai un pote qui sort avec une fille idiote uniquement parce que, soit disant, c’est une bombe sexuelle. Le meilleur coup de France, il parait qu’elle fait tout. Quoi “tout”? Nous aussi on fait “tout” et personne ne dit ça de nous. C’est dégueulasse! On devrait embaucher des gars qui feraient courir ce genre de rumeurs sur nous, comme ça on aurait une réputation de malade ! Bof, si en plus de l’esthéticienne, du psy et de la vie normale, on doit payer un “propagateur de rumeurs”, ça commence à revenir cher d’être une nana. Clope après clope, la soirée avance. Vers minuit, le mec de Fatma appelle. Elle parle deux minutes trente puis raccroche. Merde, il m’a flingué le moral. Il déprime à cause du boulo, du coup je déprime par procuration. C’est beau l’amour, tu le soutiens. Tic tac…Ouais… Tic tac… C’est beau une fille, ça compatit. J’allume ma quinzième clope : ça saute sur n’importe quel prétexte pour déprimer à l’unisson. Rita se redresse. Vous entendez pas mon GPS là? Non. Déborah termine son verre. Qu’est ce que ça veut dire “tout”, ça veut rien dire.

 

 

À deux heures du matin, on se disperse enfin. La gorge sèche d’avoir parlé treize heures d’affilée en ne buvant que cinq bières chacune et deux bouteilles de vin. 

 

Arrivée chez moi, j’ouvre mon paquet de clopes. Il n’en reste qu’une. Mon envie de tabac est puissante, mais oserais-je réveiller le petit homme allongé sur l’ultime cigarette? Il s’est endormi un peu après le goûter, entre Sida et GPS. Il rêve peut-être de filles “sympathiques” lui donnant, à la baguette, du poulet sauce aigre-douce. Peut-être aussi qu’il fait un rêve silencieux, peuplé de footballeurs qui courent nus dans un stade, pour oublier ces treize heures de papotage féminin. Il ne faut jamais réveiller l’homme qui dort - parait que ça porte la poisse. Je suis déjà cyclothymique, manquerait plus que j’ai la poisse. Tant pis pour la clope - dors petit bonhomme, récupère tes forces, demain tu viens à l’aqua-gym avec moi! Tu vas voir, c’est tip top. 

Manox

l’essentiel c’est de participer…

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Manox

La cruauté

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Manox

Soixante-huitard

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Lolita

Près de l’arbre aux fleurs roses

Ma Mamie. 

 

Je te revois quand j’avais cinq ans, à l’époque où les cousins et cousines venaient passer le week-end chez Papi et toi. Une grand-mère super canon avec un air de Jeanne Moreau… On avait un rituel toutes les deux. Tu me mettais dans une bassine pour me laver et à chaque fois, la tête pleine de mousse en petite fille inquiète, je te posais la même question : “On s’aime nous, hein Mamie?” Et toi tu me répondais “Mais oui on s’aime ma chérie. On s’aime fort fort fort!” 

 

Pendant ce temps-là, Papi jurait contre une étagère qui ne voulait pas tenir au mur et tu l’engueulais parce qu’il ne fallait pas qu’on apprenne des gros mots. Mais les gros mots on les connaissait déjà, pis on aimait ça. Comme on aimait l’odeur du tabac brun de Papi, sa blouse bleue élimée, les bonbons acidulé que tu nous offrais pour le goûter. Chez vous c’était les cerises cueillies sur l’arbre du jardin, les descentes d’escaliers en trombes et sur les fesses, la chambre de notre oncle remplie de posters d’Iron Maiden qui nous faisaient faire des cauchemars. Mais on n’avait pas peur, parce que tu étais là pour nous lire des histoires anti-Iron Maden. 

 

Je te revois plus tard, dévorant les livres et m’en conseillant certains. Je n’ai pas pu tout lire, tu sais, mais je vais me rattraper. Maintenant que ta bibliothèque est un peu à nous. Jusqu’au bout tu as lu. Il y a encore un mois tu finissais une trilogie suédoise que je t’avais offerte -malgré les 500 dernières pages un peu chiantes. Désolée, tu lis plus vite que moi.

 

Ma Mamie, je te revois danser le Rock n’roll au mariage de ta fille. Vachement plus cool que notre danse de jeunes mal dans leurs peaux ! Je te revois notant les dvd que tu avais prêtés à l’un d’entre nous et qu’on oubliait toujours de te rendre. Enfin, surtout moi. Tu en avais tellement. Chez toi c’était la plaque tournante du dvd, un marché noir familiale ultra fourni ! Je te revois au Mc Do, où je t’avais traînée avec mon autre grand-mère -ta meilleure amie, celle avec qui tu passais des heures au téléphone à parler de nos deux familles-, mangeant ton hamburger à la fourchette. Je te revois en vacances, avec maman, toutes les trois sur le ponton à regarder la mer et les petites traces des crabes sur le sable. Trois générations de filles, un peu Corses, Italiennes, Espagnoles, descendantes d’un arrière grand-père venu de Mongolie on ne sait comment ni pourquoi. Mille fois je t’ai demandé de me raconter l’histoire de ton père, et mille fois j’ai oublié ce que tu me disais. Peut-être pour avoir un prétexte pour te le redemander, peut-être parce que ce que j’aimais finalement c’était que tu me racontes ta jeunesse. 

 

Alors aujourd’hui, même si tu n’es plus là pour répondre à mes questions, je peux t’affirmer ma Mamie que oui, on s’aime. On s’aime fort fort fort. Et c’est pas prêt de disparaître sous la pierre et les fleurs. Je ne sais pas trop où tu es, parce que je ne sais pas trop en quoi je crois… Dans un petit coin de ciel ou un petit coin de terre… Mais je sais que tu resteras toujours dans un gros coin de mon coeur et de ma mémoire. Et si demain j’ai un enfant, une bassine et des histoires de famille à raconter, c’est la tienne que je raconterai en premier. Ma Mamie. 

 

Manox

Perdu de vue

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Manox

Prime jeunesse…

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Manox

Roulez jeunesse…

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Manox

La révolution c’est pas pour demain…

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Manox

Mythologix

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Lolita

H’Mong


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Hello les Sblorfers! Désolée pour cette absence de chronix mais j’étais toute occupée à préparer un voyage au Vietnam. Je devais y aller pour la Fondation Malone qui s’occupe d’aider les enfants à travers le monde. Projets ambitieux et vertigineux ! Malheureusement, pour des raisons familiales, j’ai dû annuler, mais ça veut dire que les chronix vont reprendre. Une petite photo des H’Mong du nord du Vietnam pour la route. C’est chez eux que je me rendais, afin d’essayer de créer un terrain d’entente entre eux et les Vietnamiens et d’agrandir la petite école de Sapa. Un jour je vous raconterai tout ça! La photo m’a été donnée par Lo Thi Gôm, mon amie “de là-bas”. Sur le Polaroïd, elle tient un petit paquet de tissus sous le bras. Voilou!

Manox

Le choc des cultures

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Manox

La vie est un jeu…

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Manox

Festival

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Donc, deux catégories dans lesquelles votre super blog est inscrit: rubrique Littérature - Fictions / Romans pour les chroniques et rubrique Bande dessinée pour Todo Loco.

Manox

Cubiste

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